2 - Eaux apparentes et eaux sous-jacentes

La carte de la morphologie évoque d’emblée l’importance de l’eau pour la constitution des paysages qui nous intéressent. L’eau apparente mais aussi l’eau affleurante ou sous-jacente. Ces eaux de différentes natures ainsi associées forment la charpente fondatrice des paysages de la Gironde.

Les eaux apparentes

La Dordogne est un des éléments clefs de l'organisation des paysages girondins, Saint-Jean-de-Blaignac
crédits : Agence Folléa-Gautier
Au nord du département, l'Isle marque les paysages, et dessine une vallée très habitée, Porchères
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La vallée du ruisseau de Villesèque, affluent de celui de l'Engranne ; ces cours d'eau modèlent les collines de l'Entre-Deux-Mers avant de rejoindre la Dordogne, Rauzan
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La craste de l'Eyron invite à la promenade au cœur de la forêt, Saumos
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Les fossés s'étendent parfois en petites mares, Naujas-sur-Mer
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Le chenal du Guâ est entouré de zones marécageuses, Vendays-Montalivet
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La vaste lagune du Bassin d'Arcachon, configuration unique sur le littoral, Lanton
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L’eau apparente est bien sûr celle de l’Océan, des fleuves Garonne et Dordogne, de l’immense estuaire de la Gironde qui réunit leurs eaux et propage les variations de la marée loin à l’intérieur des terres. Mais il s’agit aussi des myriades d’affluents qui nourrissent ces monstres d’eau, trop nombreux pour être cités. Les plus importants en dimensions sont ceux qui drainent les eaux des confins Ouest du Massif Central et alimentent la Dordogne : Isle et Dronne. La carte montre l’extrême découpe de l’Entre-Deux-Mers par les affluents, véritable Mésopotamie, ligne de partage des eaux à lui tout seul, entre les rus qui courent vers le Nord pour la Dordogne et ceux qui s’orientent au Sud pour la Garonne. Ce sont tous ces affluents qui finissent par former ces collines arrondies qui font l’essentiel du "charme" des paysages de l’Entre-deux-Mers, souvent cité dans les guides touristiques. Mais les affluents les plus modestes du département sont aussi ceux qui génèrent les particularités paysagères parmi les plus marquées. Ils drainent l’immense plateau sableux quasi horizontal couvert par le massif forestier "Landais". L’absence de reliefs notoires leur enlève toute vigueur et les rend incapables d’atteindre l’océan pour s’y fondre. Les voilà bloqués dans leur course lente par de fragiles collines faites de sable, sculptées par le vent en un immense cordon dunaire de 230 kilomètres de long pour seulement 3 à 6 kilomètres de large, qui suffit à faire barrage. Les lacs "Landais" ont ainsi pris forme, Hourtin, Lacanau, Cazaux-Sanguinet, qui ajoutent à la palette diversifiée des paysages d’eau de la Gironde. Une exception confirme cette règle, presque strictement appliquée de la pointe de Grave à la Chambre d’Amour : c’est la Leyre, qui parvient à entailler les dunes du littoral pour atteindre les eaux de l’océan. Au point de contact a fleuri une lagune lagune dans le massif landais, ce terme désigne de petites étendues d’eau circulaires (de 10 à 80 m de diamètre) isolées, particulièrement riches en biodiversité , celle d’Arcachon, bêtement baptisée "Bassin", qui cristallise en son sein une formidable diversité de relations terres-eaux symbolique et représentative de l’ensemble de ce département constitué d’eau autant que de terre.

Les eaux affleurantes ou sous-jacentes

Les marais de Braud-et-Saint-Louis sont quadrillés de fossés délimitant les parcelles, Braud-et-Saint-Louis
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Le Coulage des Quatre Passes fait partie du réseau complexe de canaux qui a permis la mise en culture des mattes, Soulac-sur-Mer
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De larges zones humides s'étendent à l'est des grands lacs médocains, Lacanau
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Les fortes précipitations font parfois émerger ces eaux affleurantes, Saint-Martin-de-Laye
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A la pointe nord de la Presqu'île médocaine, les paysages de marais sont omniprésents, Le-Verdon-sur-Mer
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Les marais de la Perge forment une vaste zone humide au pied des dernières dunes littorales, Vendays-Montalivet
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Un simple fossé d'évacuation des eaux de pluie suffit à créer un milieu particulier, Marcheprime
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A proximité des eaux du Bassin d'Arcachon, des prairies humides à la végétation particulière s'étendent, Lanton
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Sur les rivages du Bassin d'Arcachon, l'estran laisse se développer différents types de végétation, Lanton
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A ces eaux apparentes s’ajoutent toutes les eaux affleurantes ou sous-jacentes, qui accompagnent les cours d’eau dans les fonds des grandes vallées, en s’étalant largement pour constituer des marais ou zones humides, plus ou moins drainés et mis en cultures : marais de Braud-et-Saint-Louis, marais de Prignac-et-Marcamps, zones humides du Médoc, des Graves, réserve naturelle des marais de Bruges, marais de Cadaujac, etc . S’y ajoutent les rives est des grands lacs des Landes, le linéaire de zones humides qui suit le canal des Etangs, le delta de la Leyre, les mattes mattes terres basses artificielles, gagnées sur les eaux par la construction de digues du bas Médoc,...

La carte de la morphologie montre bien que le plateau Landais lui-même masque sous son couvert forestier des sols souvent mal drainés, malgré leur constitution sableuse, du fait de la couche d’alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables qui ralentit la migration des eaux, et surtout de l’absence de pente. Les nombreuses dépressions circulaires qui parsèment la forêt par centaines, héritées de formations glaciaires, laissent aussi apparaître la nappe phréatique, formant les discrètes lagunes landaises, milieux riches et très spécifiques menacés de disparition.

Quant au Bassin, il fait encore figure de lieu d’exception en alternant au fil des marées eaux apparentes et eaux affleurantes, celles-ci salées et noyant tout à marée haute, celles-là douces et circulant en modestes chenaux, esteys et bourrideys, s’épandant en large delta de zone humide pour la Leyre ou en plus modeste embouchure pour le Canal des Etangs, composant les slikkes et les schorres, les vasières (tatchs ou crassats) et les prés salés prés salés prairies voisines de la mer, dont le sol et la végétation sont marqués par la salinité de l’eau .

Les eaux de l’océan Atlantique elles-mêmes s’invitent dans ce territoire, remontant loin en amont des cours d’eau lors des grandes marées, jusqu’à former parfois le fameux mascaret, vague spectaculaire remontant le cours du fleuve. Sur la Garonne, l’influence des eaux océaniques se fait aujourd’hui sentir jusqu’aux environs de La Réole, c’est à dire la quasi-totalité du parcours girondin du fleuve ! Et ce mélange des eaux transforme à sa façon les paysages fluviaux : une végétation particulière, liée au marnage, se développe sur les berges des cours d’eau ; les apports sédimentaires marins s’agglutinent en un bouchon vaseux fluctuant dans l’estuaire...