1 - Les origines du paysage girondin / cartographie

Avant son occupation humaine complète, le territoire départemental présentait un visage bien distinct de celui d’aujourd’hui ; la différence témoigne de la puissance de façonnage de l’espace girondin par l’homme. Quelques éléments ont néanmoins perduré. Les pins maritimes occupaient en grand nombre une partie des dunes littorales, formant de vastes forêts. En arrière de celles-ci, les lacs d’eau douce ont traversé les millénaires et les landes marécageuses, qui s’étendaient à l’ouest de l’estuaire, sont restées jusqu’au XIXème siècle des paysages quasiment vierges de toute intervention humaine. Au contraire, sur les terres calcaires de l’intérieur (principalement l’Entre-Deux-Mers), les paysages agricoles largement ouverts que l’on connaît aujourd’hui étaient occupés par une chênaie étendue et dense, qui profitait d’un climat plus doux et humide.

Carte générale des boisements + -

Cette carte étant basée sur des données datant de 2006, les dégâts de la tempête de 1999 apparaissent de façon prépondérante, ce qui explique la surface très importante identifiée sous la légende "Forêt clairsemée, coupe forestière, chablis ou friche arborée". Cette catégorie peut concerner tout autant des pinèdes (comme c’est le cas dans le massif des Landes girondines) que des forêts de feuillus ou des peuplements mixtes.

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Carte des bois et forêts
(source : IFEN Corine Land Cover 2006 - IGN BD Alti - IGN BD Topo)
Carte générale de l’agriculture + -
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Carte de l’agriculture
(source : CG33 Ocs2004 / IFEN Corine Land Cover 2006/ IGN BD Topo - BD Alti)
2 - Les transformations humaines
du territoire
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Avec l’essor des peuplements humains se développent les premières formes d’agriculture et d’élevage (vers -5000, dans la partie nord du Médoc) et donc les premières interventions humaines sur le territoire. L’incidence de ces activités sur le paysage va progressivement prendre de l’ampleur : régression puis quasi-disparition de la chênaie de l’Entre-Deux-Mers due à l’intensification du pastoralisme (vers -1500) ; débuts de la viticulture suite à l’introduction du plan Biturica - adapté aux conditions pédologiques et climatiques locales - par les romains (au milieu du premier siècle après J.C.) ; implantation des villas et créations des domaines agricoles dans l’est du département... Le Moyen-Âge voit ces transformations s’accélérer : l’accroissement important de la population entraîne la multiplication des défrichements et l’élargissement continu des terrains cultivés ; l’amélioration des techniques permet d’implanter la vigne sur des terres auparavant inadaptées, comme les palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées ...

Dans le même temps, et dès le début du Moyen-Âge, les landes marécageuses sont occupées par une population, réduite et dispersée, de bergers vivant en autarcie. Au sein de ces terres incultes, ils mettent en place un système agropastoral complexe pour assurer leur subsistance : l’élevage des moutons apporte le fumier nécessaire à la fertilisation des quelques terres cultivées. Les familles se regroupent autour de bosquets boisés, sur des terres proches des cours d’eau : ces quelques arbres sont alors des refuges dans les landes rases qui s’étendent à perte de vue, et la proximité d’une eau courante permet de disposer de sols mieux drainés. Ces bergers, entrés dans l’imagerie populaire juchés sur leurs échasses, sont longtemps restés les seuls habitants de ces terres inhospitalières.

Le développement de l’agriculture et des techniques ne suffisent pas à expliquer toutes les évolutions du paysage, les interventions humaines vont souvent au-delà. Ainsi, pendant la période des invasions (jusqu’au Vème siècle), les attaques nombreuses détruisent la forêt des landes, laissant le cordon dunaire littoral sans protection. Plus tard, sous la domination des anglais, des relations commerciales privilégiées s’établissent avec l’occupant : c’est à cette époque que le vignoble girondin se constitue. Pour faire face à la demande anglaise, les vignes s’étendent et les techniques s’améliorent, les terres de graves sont exploitées à leur tour... Le territoire s’organise de plus en plus autour de la production viticole.
9-043 - Le creusement de nombreux canaux a permis la mise en culture des marais de Braud-et-Saint-Louis, Saint-Ciers-sur-Gironde

Les transformations du paysage prennent de plus en plus d’ampleur : à partir du XVIIème siècle, le pouvoir monarchique initie des projets radicaux. Sur les berges de l’estuaire, les marais sont asséchés, quadrillés de canaux et de digues par des ingénieurs hollandais afin de pouvoir être exploités (entre 1628 et le milieu du XVIIIème siècle). Divers projets sont lancés dans les landes au cours du XVIIIème siècle, afin de valoriser ces terres pauvres : salines, plantations... Bien qu’ils aient souvent échoué, ils ont permis d’amorcer une dynamique sur ce territoire : en 1786, le projet de fixation des dunes (mouvantes depuis la disparition de la forêt) est amorcé par Brémontier. Ces grands travaux, achevés en 1876, ont permis l’assainissement et la mise en culture des landes (par la loi de 1857), transformation radicale du paysage sur presque la moitié du département : la grande forêt de pins des Landes est née.

Parallèlement à ces travaux, le développement du vignoble s’est poursuivi : les grands propriétaires étendent leurs domaines aux meilleurs terroirs, les exploitations dans le Médoc se multiplient, ainsi que les vignes de palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées dans les vallées. Mais deux graves crises s’abattent sur ce secteur : l’oïdium dès 1851 et le phylloxéra à partir de 1865. Les vignes ne résistent pas à cet insecte américain et la production s’effondre. La pignada, au contraire, est à son apogée : les pins sont exploités pour leur résine (récolte par gemmage pour les besoins de l’industrie) et leur bois (traverses de chemin de fer ou étais pour tunnels miniers principalement), assurant une activité florissante. Tandis que le vignoble est reconstitué grâce à des porte-greffes résistants au parasite, la forêt, elle, brûle au milieu du XXème siècle. Tout comme les vignes, elle sera replantée - de manière rationnelle et en tenant compte des risques d’incendie - mais sans le même succès qu’auparavant : le gemmage disparaît progressivement et, à partir des années 1960, de vastes parcelles de cultures de maïs remplacent les pins dans de larges clairières.

3 - La forêt de pins
Un large pare-feu mis en culture, Le Porge
crédits : Agence Folléa-Gautier

Plus grand massif forestier d’Europe, planté presque d’une traite sur toute sa surface au milieu du XIXème siècle, la forêt mono-spécifique des landes girondines est un paysage totalement artificiel, fruit d’une volonté politique et économique. En effet, les marais qui occupaient l’ensemble de ces terres ont été assainis afin de pouvoir être valorisés par une production rentable ; le choix du pin maritime, espèce cohérente car déjà présente en grand nombre sur le littoral, permettait d’anticiper une valorisation par le gemmage et la vente du bois sous diverses formes. Cette exploitation a connu des périodes de grande rentabilité, mais aussi des crises brutales, à commencer par la série d’incendies dévastateurs de l’été 1949. Après ce premier traumatisme, la forêt est replantée, des systèmes de pare-feu sont mis en place.

Des boisements d'âges variés se côtoient, ici une parcelle tout juste replantée devant des pins âgés de quelques années, Audenge
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les parcelles de pins adultes laissent passer le regard, Audenge
crédits : Agence Folléa-Gautier
Pistes forestières et réseaux hydrographiques offrent des opportunités de promenades dans la forêt, Audenge
crédits : Agence Folléa-Gautier
La piste cyclable facilite les déplacements non motorisés et permet un traitement intéressant des bords de route, Marcheprime
crédits : Agence Folléa-Gautier
Des zones humides parsèment les sous-bois, enrichissant paysages et écosystèmes, Lège-Cap-Ferret
crédits : Agence Folléa-Gautier

Aujourd’hui, cette vaste forêt couvre encore de façon très homogène tout l’ouest du département, mais elle offre cependant une certaine diversité de paysages. La gestion des parcelles en futaie régulière présente des peuplements de même âge, mais l’alternance de ces parcelles assure la variété : passant d’une plantation récente, basse et opaque, à un peuplement mâture, haut et transparent, l’œil ne perçoit pas les même paysages. La nature des sous-bois - plus ou moins humides, plus ou moins entretenus... - et le traitement des routes - bords enherbés, canaux latéraux, pistes forestières... - contribuent aussi : à différencier les ambiances. L’échelle de ce boisement et la faible occupation urbaine de ce territoire permettent aussi, malgré la gestion monospécifique, le développement de milieux plus fragiles ou précieux. La création dès 1970 du Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne souligne ces qualités paysagères et environnementales, qui méritent d’être préservées.

Les sous-bois regroupent différents cortèges floristiques, liés à la variété des situations hydrologiques des landes : dans cette région sableuse, l’abondance en eau dépend du niveau de la nappe phréatique, de la proximité des cours d’eau, de la profondeur de la couche d’alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables ... Ces facteurs dessinent ici trois milieux spécifiques. Les landes humides, mal drainées et marquées tout au long de l’année par la présence de l’eau, sont caractérisées par la molinie bleue, très développée sur ces terrains. Les landes mésophiles, sèches en été mais suffisamment humides durant l’hiver, sont nettement dominées par la fougère aigle. Enfin, les landes sèches, situées principalement non loin des crastes et ruisseaux drainants, forment un habitat idéal pour la bruyère cendrée et la callune. Cette diversité de milieux, antérieure à la plantation des pinèdes, a été bouleversée par l’implantation de celle-ci : l’assainissement par drainage, la consommation en eau des pins, la couverture forestière, ont modifié les conditions. Le développement des cultures céréalières, accompagné d’irrigation et de nouvelles opérations de drainage, poursuit ces transformations, et les milieux tendent aujourd’hui à se simplifier et s’homogénéiser, au détriment des richesses floristiques héritées.

Les parcelles de maïsiculture forment des clairières immenses au sein de la forêt, Audenge
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les lisières des boisements ont été particulièrement atteintes par les tempêtes, Lège-Cap-Ferret
crédits : Agence Folléa-Gautier

Malgré son aspect monumental, cette forêt est fragile. Ecosystème artificiel, géré dans un objectif de production, elle n’offre plus autant de garanties de rentabilité que par le passé. Déjà, depuis les années 1960, de vastes clairières ont été plantées de maïs aux retombées financières plus immédiates, irrigué à outrance afin d’assurer la production. Plus récemment, la fragilité des pins face aux tempêtes (Lothar et Martin en 1999, Klaus en 2009) a compromis l’économie forestière à court terme et remis en cause la gestion de la forêt à long terme. Ainsi, les rotations des plantations sur cinquante ans apparaissent trop hasardeuses, et pourraient évoluer vers des cycles plus court. Les Landes de Gascogne vivent en ce moment une période charnière, et les enjeux impliquent de nombreux domaines, dont celui du paysage.

4 - Le vignoble
Certains terroirs présentent une continuité de vignes quasi-ininterrompue, Saint-Genès-de-Castillon
crédits : Agence Folléa-Gautier
Terrassements et fossés ont permis la mise en culture de ce vallon en bordure du plateau de Saint-Emilion , Saint-Hippolyte
crédits : Agence Folléa-Gautier
Au coeur de l'Entre-Deux-Mers, la vigne est associée aux boisements et cultures en un paysage composite, Blasimon
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les paysages viticoles sont souvent très soignés, et offrent des configurations riches en termes de paysages, Saint-Etienne-de-Lisse
crédits : Agence Folléa-Gautier
Depuis les coteaux de la Garonne, la monoculture viticole s'impose dans la vallée, Langoiran
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les rosiers plantés en bout de règes permettent de prévenir les attaques d'oïdium : plus sensibles que la vigne, ils signalent l'apparition de la maladie avant, Ordonnac
crédits : Agence Folléa-Gautier

Paysage emblématique du département, le vignoble domine largement sa partie est. Mais il ne présente pas un visage uniforme sur tout ce territoire : chaque terroir a son histoire, plus ou moins ancienne, et développe des caractéristiques paysagères propres. Avec 120 000 ha de vignes classées en Appellation d’Origine Contrôlée, la Gironde représente un des plus importants vignobles de crus au monde, tout en ayant, la première, mis en place de telles mesures de valorisation de sa production. Aujourd’hui, la viticulture y tient un rôle économique majeur, mais elle est aussi une agriculture patrimoniale, chargée de l’histoire des hommes et du territoire, comme le montre l’inscription par l’UNESCO, en décembre 1999, de l’ancienne juridiction de Saint-Emilion sur la Liste du Patrimoine Mondial, au titre des paysages culturels.

Tout en couvrant une très grande partie du territoire départemental, le vignoble offre des aspects différents : l’unicité de chaque vin, qui naît d’une relation exclusive avec son terroir, se traduit par des paysages singuliers. Si certains pays, comme Saint-Emilion ou Pomerol, offrent au regard des étendues sans fin de monoculture de vigne, d’autres voient ces parcelles mêlées, plus ou moins étroitement, à des boisements ou des pâtures, c’est souvent le cas dans les vallées. Exposition, sols, humidité : tous ces facteurs influent directement sur la vigne, et cette culture a été adaptée différemment à ces contraintes variées. Terrassements, digues de protection, canaux de drainage ont permis d’installer la vigne des vallées alluviales jusqu’aux plateaux sableux, en passant par les terrasses graveleuses. Les modes de gestion ou de taille sont également différents : vigne basse ou haute, écartement des règes, type de taille pratiquée... Ces variations peuvent créer des horizons viticoles très disparates.

Vigne haute, règes écartés, terre à nu, Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier
Vigne basse, règes écartés, parcelle enherbée et peu fauchée, Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier
Vigne haute, bandes enherbées entre les règes, Saint-Savin
crédits : Agence Folléa-Gautier
Vigne basse, règes très écartés, larges bandes enherbées, Birac
crédits : Agence Folléa-Gautier
Vigne basse, règes peu serrés, étroites bandes enherbés, désherbage chimiques au pied des ceps, Vensac
crédits : Agence Folléa-Gautier
Vigne basse, juste après la taille, règes serrés, terre à nu, Pomerol
crédits : Agence Folléa-Gautier
Vigne basse, juste après la taille, bandes enherbées entre les règes, Pompignac
crédits : Agence Folléa-Gautier

Malgré l’étendue - souvent impressionnante - des surfaces cultivées, la vigne reste toujours une agriculture "à échelle humaine". En effet, chaque cep, élément de base de ces paysages monumentaux, a fait l’objet de soins personnalisés : de la plantation aux vendanges, la présence humaine se constate tout au long de l’année dans les vignes. Aujourd’hui, même si de plus en plus d’opérations sont automatisées, la taille est toujours effectuée à la main, ce qui participe évidemment de l’aspect infiniment soigné de ces paysages. Cette importance grandissante de la machine transforme les vignes (écartement des règes plus importants pour faciliter l’accès) ainsi que la structure des exploitations : depuis le milieu du XXème siècle, le nombre de producteurs est en chute libre (60 000 en 1950, moins de 12 000 en 1999).

Chaque pied est soigné à la main, Saint-Laurent-des-Combes
crédits : Agence Folléa-Gautier

Avec les machines, les produits phytosanitaires sont le premier allié du viticulteur : les 3 % de la Surface Agricole Utile française plantés en vigne totalisent ainsi 25 % de la consommation d’herbicides. Ce constat amène à se poser la question des milieux naturels liés à la vigne, étant donnée l’importance des surfaces couvertes. Quelle place est laissée à la biodiversité dans ces pays résolument tournés vers le vin ? Quel rôle pourraient jouer les pratiques raisonnées ou biologiques dans l’évolution de la viticulture girondine ?

5 - Les cultures

D’autres cultures, moins étendues ou plus récentes, participent des paysages du département. Exploitations anciennes arrivées à un stade avancé de déclin, productions à destination locale, ou encore introduction de pratiques nouvelles, toutes composent la variété des paysages girondins en remplaçant ou en s’associant avec les pins et la vigne.

Les séchoirs à maïs signalent la présence de cette culture, Asques
crédits : Agence Folléa-Gautier
Drainage et irrigation sont mis en place pour assurer le meilleur rendement aux vastes parcelles de maïsiculture, Hourtin
crédits : Agence Folléa-Gautier
Dans les marais en rive droite de l'estuaire, le maïs remplace souvent l'élevage, Saint-Ciers-sur-Gironde
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les fonds de vallées sont régulièrement mis en culture, Rauzan
crédits : Agence Folléa-Gautier
Céréaliculture dans la vallée de la Garonne, Lamothe-Landerron
crédits : Agence Folléa-Gautier
La géométrie circulaire des parcelles maïsicoles est dictée par les systèmes d'irrigation, Lanton
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le maïs a la part belle parmi les céréales. Nous avons évoqué plus haut la plantation de vastes clairières, au sein de la pinède, dans les années 1960 : d’énormes rampes d’arrosage assurent l’irrigation de champs circulaires, drainés par des réseaux de fossés complémentaires. Cette assistance constante permet d’assurer à ces champs une des meilleures productivités au monde. Si le maïs garde le monopole dans ce secteur des Landes, on le retrouve, ainsi que d’autres céréales, dans les palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées et les vallées, où ces cultures ont souvent remplacé l’élevage. Là aussi, les terres alluviales nécessitent souvent drainage et irrigation, pratiques peu cohérentes avec le territoire et ses atouts.

Vignes et cultures maraîchères mêlées (haricots), Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier
Potager en cœur de village, Abzac
crédits : Agence Folléa-Gautier
Séchoirs à tabac, Saint-Avit-Saint-Nazaire
crédits : Agence Folléa-Gautier
Séchoir à tabac, Loupiac
crédits : Agence Folléa-Gautier
Un alignement d'arbres fruitiers sépare la route du champ, Blasimon
crédits : Agence Folléa-Gautier
Un verger sur le coteau, Listrac-de-Durèze
crédits : Agence Folléa-Gautier
Culture de vimes en vallée de Garonne, Bassanne
crédits : Agence Folléa-Gautier

A une échelle plus réduite, le maraîchage crée des paysages riches, rares et précieux ; souvent pratiqué en clairières au sein des boisements, il compose des parcelles très fines. Lorsqu’il est établi à proximité des centres urbains, sa pérennité peut être compromise par les pressions foncières. Dans certains pays comme le Bazadais, la polyculture a toujours tenu une place prépondérante, mais ces pratiques sont malmenées ces derniers temps. Ainsi, la culture du tabac a quasiment disparu, remplacée en général par le maïs ; la seule trace visible de cette ressource autrefois majeure est architecturale : les séchoirs à tabac, bâtiments hauts et étroits à pans de bois sombres, parsèment encore la campagne. De même, les cultures de vimes - qui fournissaient l’osier servant à ligaturer les ceps de vigne - se font de plus en plus rares aujourd’hui : les techniques modernes ont rendu inutile cette production, qui est devenue anecdotique dans les paysages girondins. Vers l’est de l’Entre-Deux-Mers, on trouve aussi quelques vergers, annonciateurs des paysages du Lot-et-Garonne.

Saint-Jean-de-Blaignac
crédits : Agence Folléa-Gautier
La vallée de la Garonne est parfois couverte de peupleraies, Sainte-Croix-du-Mont
crédits : Agence Folléa-Gautier
La rive gauche de la Garonne est invisible derrière ce rideau de peupliers, Le Tourne
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les peupliers remplacent souvent les pâtures, Coutras
crédits : Agence Folléa-Gautier

Dans les vallées, aux paysages complexes articulant vignes, prairies, boisements et cultures, des plantations plus récentes perturbent cet équilibre de façon importante par l’ampleur de leur développement : de nombreuses peupleraies, s’étendant sur les rives des fleuves et rivières, ont une incidence forte sur les paysages en bouchant totalement les vues depuis ou vers les vallées. La substitution de pâtures ouvertes par des boisements fermés aux sous-bois appauvris perturbe l’équilibre des panoramas comme des écosystèmes.

6 - Le rôle de l’élevage

L’élevage reste une activité assez marginale à l’échelle du département, avec un cheptel total d’environ 60 000 bovins, 25 000 ovins et 20 000 porcins. L’activité manque de rentabilité pour prendre une vraie importance, et connait actuellement des difficultés certaines, mais le rôle de ces bêtes dans les paysages mérite d’être souligné. Ainsi, certains viticulteurs élèvent des troupeaux : une vingtaine de moutons leur permet de débroussailler les vignes tout en enrichissant le sol par engrais animal. Plus bas dans les palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées , les paysages de marais polderisés - principalement destinés à la pâture à leur création - ont été largement investis par les chasseurs et la céréaliculture. Quelques éleveurs continuent néanmoins à mener paître leurs moutons sur ces terres : entretenant réseaux de drainage et haies, ils contribuent à maintenir ces paysages exceptionnels.

Les fonds de vallons humides sont restés longtemps destinés presque exclusivement à la pâture ; aujourd’hui, malgré un enfrichement important dans certains pays et le développement des peupleraies, les prés pâturés restent fréquents aux bords des cours d’eau, peu exploitables directement pour la vigne ou les céréales. De nombreux haras et centres équestres s’accompagnent aussi de vastes prairies, générant des atmosphères différentes qui tirent profit de la présence des chevaux. Si l’élevage n’est pas une activité phare pour la Gironde, il contribue donc tout de même à enrichir ses paysages, apportant de la variété et de la vie dans les cultures.

En Entre-Deux-Mers, les pâtures côtoient boisements, vignes et cultures, Saint-Quentin-de-Baron
crédits : Agence Folléa-Gautier
Au fond des vallons du plateau de Saint-Emilion, la vigne cède la place à l'élevage, Saint-Christophe-des-Bardes
crédits : Agence Folléa-Gautier
Dans la vallée de l'Isle, les prairies sont une composante importante des paysages, Sablons
crédits : Agence Folléa-Gautier
A la pointe de la presqu'île médocaine, le pâturage maintient ouvertes les zones marécageuses, Saint-Vivien-de-Médoc
crédits : Agence Folléa-Gautier
Bocage à proximité de Libourne
crédits : Conseil Général de la Gironde - Mission paysage