B3. La plaine de Castillon-la-Bataille à Libourne
SITUATION CARACTÉRISTIQUES ENJEUX

Légèrement en amont de sa confluence avec l’Isle, la Dordogne vient longer, en un large méandre, les coteaux de l’Entre-Deux-Mers, abrupte limite de la vallée qui enserre la rive gauche. Au contraire, la rive droite est dégagée en une vaste plaine, presque exclusivement dévolue à la viticulture, qui s’étend jusqu’aux contreforts de Saint-Émilion. Entre Castillon-la-Bataille et Libourne, celle-ci mesure une douzaine de kilomètres d’est en ouest, tandis que les coteaux sont distants d’environ 6 km l’un de l’autre. Au cœur de cet ensemble étendu, on perd la perception de la vallée en tant que telle, c’est une vaste plaine qui s’offre à la vue. La RD936, qui traverse Castillon-la-Bataille, et la RD670 concentrent les flux ; Saint-Sulpice-de-Faleyrens et Sainte-Terre restent plus isolés.

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    BRANNE
    CABARA
    CASTILLON-LA-BATAILLE
    CIVRAC-SUR-DORDOGNE
    GREZILLAC
    MOULIETS-ET-VILLEMARTIN
    MOULON
    SAINT-AUBIN-DE-BRANNE
    SAINT-EMILION
    SAINTE-TERRE
    SAINT-ETIENNE-DE-LISSE
    SAINT-HIPPOLYTE
    SAINT-JEAN-DE-BLAIGNAC
    SAINT-LAURENT-DES-COMBES
    SAINT-MAGNE-DE-CASTILLON
    SAINT-PEY-D’ARMENS
    SAINT-SULPICE-DE-FALEYRENS
    VIGNONET

crédits : Agence Folléa-Gautier

Une organisation du territoire optimisée pour la viticulture

Les vignes enherbées étirent leurs règes sur de vastes horizons - Saint-Etienne-de-Lisse
crédits : Agence Folléa-Gautier

Si le soin apporté à la vigne a permis d’élaborer des grands crus si réputés, c’est aujourd’hui la renommée de ces vins qui est la meilleure garante des paysages. Presque tout l’espace est consacré dans ce seul but : produire des vins de grande qualité. La permanence de cette vocation a d’ailleurs valu à la Juridiction de Saint-Émilion d’être inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO en 1999 en tant qu’’exemple remarquable d’un paysage viticole historique qui a survécu intact et est en activité de nos jours’.

La vigne est reine sur les coteaux comme à leurs pieds - Saint-Etienne-de-Lisse
crédits : Agence Folléa-Gautier
Sur la terrasse médiane, le paysage s'équilibre entre vigne et prairie - Sainte-Terre
crédits : Agence Folléa-Gautier

Depuis le pied des coteaux jusqu’à la rive de la Dordogne, la plaine s’organise en terrasses fines, correspondant à différentes occupations agricoles. La plus élevée s’étend du pied de coteau au nord jusqu’à la limite que forment la D19 et la D936, elle accueille exclusivement de la vigne ; la terrasse intermédiaire, jusqu’à la D123, reste majoritairement occupée par la vigne, mais des pâtures, des cultures et quelques boisements apportent un peu de diversité ; enfin, les terres les plus basses sont surtout occupées par des cultures et pâtures, les parcelles de vignes se concentrant alors à proximité du fleuve.

Ce canal surélevé sur sa digue est accompagné d'une route étroite, qui surplombe les vignes - Saint-Hippolyte
crédits : Agence Folléa-Gautier

Ce système fonctionne par un réseau hydrographique précis, des canaux de drainage rejoignant ou complétant les affluents naturels de la Dordogne. Des digues, souvent empruntées par les routes, complètent ces aménagements pour maintenir les terres exploitables et adaptées aux différents modes de culture en place (notamment au long des berges).

Une occupation bâtie peu dense, mais omniprésente

Le bâti s'impose dans les horizons viticoles - Saint-Sulpice-de-Faleyrens
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le bâti est très dispersé sur l’ensemble de la plaine, et on ne trouve que peu de villages groupés (Saint-Sulpice-de-Faleyrens, Saint-Pey-d’Armens, Sainte-Terre...). Mais, bien que cette présence soit assez réduite, l’horizon monoculturel bas de la vigne laisse l’œil percevoir tous ces éléments bâtis sur de longues distances. Si cela peut être valorisant pour le paysage dans le cas des châteaux - nombreux au sein des vignes et très visibles car dénués de parcs (réduits à une simple allée) - la vue générale en est très encombrée.

Les réseaux aériens encombrent la perception des paysages viticoles très dégagés - Saint-Magne-de-Castillon
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le même phénomène accentue la présence des réseaux aériens : ils apparaissent fortement dans ce paysage sans verticales.

L'horizon est presque intégralement occupé par du bâti, bien visible entre la vigne et le coteau - Saint-Sulpice-de-Faleyrens
crédits : Agence Folléa-Gautier

Ainsi, le pied du coteau nord présente une ligne bâtie presque continue, tout au long de la rupture de pente. Au-dessus, ce coteau offre un profil irrégulier, parfois doux mais souvent assez abrupt, découpé par de nombreux vallons annonçant le pays de Saint-Émilion. Le vignoble est ponctuellement surplombé de boisements et quelques villages s’accrochent au sommet (Saint-Émilion).

Un parcours noyé dans le végétal en rive droite

L'écran végétal des berges n'est pas forcément très épais, mais il reste quasi-omniprésent - Sainte-Terre
crédits : Agence Folléa-Gautier

La route qui longe la rive droite, souvent juchée sur des digues, se glisse entre la berge enfrichée et souvent très opaque et une succession de vignes et de pavillons avec jardins. Les arbres reprennent donc de l’importance dans ce paysage : plus nombreux dans la partie sud de la plaine, ils modifient la perception du paysage, accompagnant les bâtiments ou ponctuant les prairies en bosquets. Mais l’écran végétal en bord de Dordogne coupe souvent toute vue sur la rivière, qui ne se révèle que très partiellement au promeneur.

La route se glisse sur la berge, entre le fleuve et les jardins privés - Sainte-Terre
crédits : Agence Folléa-Gautier

Mis à part ces chapelets de pavillons, dont les jardins agrémentent ou enclosent le parcours de la route, on ne trouve presque pas de villages de ce côté de la rivière. Le principal centre d’intérêt de ce côté-ci est la terre, la maîtrise de l’eau comme moyen de communication étant laissée aux riverains du sud.

Une dissymétrie marquée entre les deux rives

Le coteau plonge presque directement dans le fleuve, laissant à peine la place pour le passage de la route - Branne
crédits : Agence Folléa-Gautier

Si la rive droite laisse une vaste plaine s’étendre dans la continuité d’un coteau plus doux, la rive gauche offre un tout autre visage. Le rebord abrupt du nord de l’Entre-Deux-Mers plonge dans la Dordogne, ne laissant pas toujours l’espace suffisant pour le passage d’une simple route (entre Branne et Moulon). Sur le peu de terres disponibles, vignes et pâtures se partagent l’espace. Le coteau, quant à lui, est presque intégralement couvert de boisements denses.

Entre berge et coteau, le village s'étire en un front bâti de qualité - Cabara
crédits : Agence Folléa-Gautier

En revanche, une occupation humaine plus groupée s’est développée dans des villages compacts, pris entre coteau et rivière, directement connectés à celle-ci par des installations portuaires (Cabara, Branne, St-Jean-de-Blaignac). Avant la construction des ponts, ces lieux étaient déjà des points de communication entre les deux rives, mais par bateau, comme tendent à le montrer les toponymes des lieux-dits de la rive droite : le Port de Branne, Devant Cabara et le Port Saint-Jean. La RD18 relie tous ces villages, suivant la berge de près ou de loin. Comme de l’autre côté, la Dordogne est difficilement perceptible, ses abords directs étant longés par un rideau d’arbres conséquent.

Castillon-la-Bataille

La silhouette de la ville vue depuis la rive gauche - Castillon-la-Bataille
crédits : Agence Folléa-Gautier

La ville de Castillon-la-Bataille est située au sommet d’un méandre, à la rencontre entre la grand-route de la vallée (RD936), la rivière et le coteau. Elle est juchée sur un léger promontoire, défini au nord par la vallée du Rieuvert. Un port d’une certaine importance s’est donc développé à ce carrefour, assurant le commerce du vin entre Bergerac, Sainte-Foy-la-Grande et Libourne. Son château, l’un des plus puissants construits sur la Dordogne, n’a pas résisté aux guerres de religion.

Le bâtiment et la porte sont en bon état, mais les imposantes jardinières en altèrent l'image - Castillon-la-Bataille
crédits : Agence Folléa-Gautier

Aujourd’hui, la façade portuaire offre encore quelques éléments intéressants (murs de soutènement, quais, chais...) mais peu valorisés par les transformations récentes (architecture banalisante, plots disgracieux...).

Une voirie très large, de nombreux stationnements, mais presque aucune place pour le piéton en plein centre-ville - Castillon-la-Bataille
crédits : Agence Folléa-Gautier

Quant au centre-ville, il souffre d’un aménagement très routier, dû à la fréquentation importante de la D936, et ne propose pas d’espace public réellement accueillant pour les piétons.

Juste à la sortie de la ville, implantation commerciale au cœur des coteaux viticoles - Castillon-la-Bataille
crédits : Agence Folléa-Gautier

La pression urbaine exercée autour de ce pôle local de peuplement s’accompagne du développement de zones d’activités en périphérie de la ville, qui s’étendent au long des voies et menacent parfois les coteaux viticoles. Elles aggravent en outre la situation économique fragile des commerces du cœur de ville.

Des axes principaux qui catalysent les pressions urbaines

Les logements pavillonnaires accompagnent la départementale, implantés en retrait de la route ils occultent le paysage sans créer d'espace urbain - Castillon-la-Bataille
crédits : Agence Folléa-Gautier

Si les villages sont coincés par le coteau et la rivière en rive gauche, et que la vigne reste prioritaire sur le bâti en rive droite, la pression urbaine n’en est pas nulle pour autant. A proximité de Libourne et Castillon-la-Bataille, l’urbanisation gagne un peu de terrain au long de la D670 et de la D936. Leurs abords sont peu à peu investis par des grandes surfaces ou des logements pavillonnaires. Les parcelles viticoles à proximité de Libourne sont happées par la ville, certaines originales se maintenant tout en étant encadrées de bâti.

La D936 garde un profil très routier tandis qu'elle traverse le cœur du village - Saint-Pey-d'Armens
crédits : Agence Folléa-Gautier

Cet itinéraire (D670 - D936) accueille un trafic important, qui n’est pas sans causer des désagréments. Ainsi, le village-rue de Saint-Pey-d’Armens est traversé par un flux qui ne permet pas de développer un espace public de qualité.En dehors de ces axes majeurs, le réseau routier est constitué de voies très réduites : dédier d’avantage de surface à la circulation signifierait empiéter sur le vignoble... Un trafic assez important (presque périurbain) doit donc s’organiser sur un réseau d’échelle rural, occasionnant quelques difficultés, mais au bénéfice d’un paysage mieux préservé.

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Enjeux de protection / préservation

Le soin apporté à la vigne participe grandement de la qualité de ces paysages - Saint-Etienne-de-Lisse
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le patrimoine viticole : protection des terroirs constituant le vignoble.

Les entrées de villages sont dégradées par des architectures et clôtures banalisantes - Saint-Sulpice-de-Faleyrens
crédits : Agence Folléa-Gautier

L’urbanisation au fil des routes : arrêt du processus et définition de limites claires à l’extension des villes et villages, accompagnement végétal des constructions existantes adapté au contexte rural.

Une fine rigole de drainage et ses bandes enherbées enrichissent ici le paysage des vignes - Saint-Etienne-de-Lisse
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le réseau hydrographique et ses ripisylves : maintien des canaux en service, entretien régulier du réseau, gestion de la végétation, mise en place de circuits de promenade.

Enjeux de valorisation / création

La taille régulière de cette oseraie maintient une ouverture sur la berge - Sainte-Terre
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le rideau boisé des berges : mise en place d’une gestion régulière, maintien d’ouvertures visuelles vers le fleuve, création de liaisons douces sur les berges.

Bien aménagés, les quais constituent des espaces publics de qualité - Branne
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les installations portuaires : rénovation des quais et cales, aménagement des berges du fleuve, balisage de circuits touristiques.

Enjeux de réhabilitation / requalification

La présence visuelle du bâti dans le paysage viticole, les formes urbaines très diffuses : inscription dans le paysage viticole par un accompagnement végétal adapté au contexte rural.

Les réseaux aériens : enfouissement des divers réseaux.

Les extensions urbaines autour de Castillon-la-Bataille et Libourne : limitation des constructions par les documents d’urbanisme, mise en place de lisières agro-urbaines plantées.

Ce réaménagement récent valorise le patrimoine bâti et dessine un espace urbain de qualité - Sainte-Terre
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les espaces publics de Castillon-la-Bataille et Saint-Pey-d’Armens : réaménagement et requalification au bénéfice des piétons et cyclistes, diminution de l’espace attribué aux voitures.

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Carte de situation et bloc diagramme de l’unité B3_6.7 Mo