C10. Le marais de Braud-et-Saint-Louis
SITUATION CARACTÉRISTIQUES ENJEUX

En rive droite de l’estuaire, au nord de Blaye, les abrupts coteaux calcaires s’adoucissent et s’écartent vers l’est pour laisser la place à de vastes marais, qui s’étendent jusqu’à Mortagne-sur-Gironde, en Charente-Maritime. C’est sur environ 15 000 ha et 40 km du nord au sud - dont une vingtaine sur le territoire girondin - que ces grands espaces plats et dégagés s’offrent à la vue, ponctués de rares bâtiments et d’arbres isolés qui soulignent l’ampleur de l’horizon. Autrefois territoire de l’estuaire, ces terres ont été asséchées par des ingénieurs hollandais au XVIIème siècle, grâce à un réseau de digues et de canaux qui permet, aujourd’hui encore, l’exploitation de tout ce secteur.

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    ANGLADE
    BLAYE
    BRAUD-ET-SAINT-LOUIS
    CARTELEGUE
    ETAULIERS
    EYRANS
    FOURS
    SAINT-ANDRONY
    SAINT-CIERS-SUR-GIRONDE
    SAINT-GENES-DE-BLAYE
    SAINT-MARTIN-LACAUSSADE
    SAINT-PALAIS

crédits : Agence Folléa-Gautier

Les bordures viticoles habitées

La limite du côté est du marais est très clairement dessinée par le canal de ceinture, longue ligne brisée longeant les légers prémices des reliefs calcaires, doublée d’une route-digue. Au-delà de cet ouvrage, élément clé du réseau d’assèchement, les terres reprennent un peu de hauteur, s’élevant graduellement jusqu’à quelques dizaines de mètres. Les pieds de ces coteaux forment les franges habitées du marais ; les vignes et les cultures sur les pentes, les villages au long des routes, se démarquent nettement du quasi-désert qui règne en contrebas. La D255 de Braud-et-Saint-Louis à Saint-Ciers-sur-Gironde, prolongée par la D18, forme cet axe de peuplement au nord du marais. Au sud, au-dessus de Blaye, la D255 forme la limite digue-canal, et l’urbanisation sur les collines est plus diffuse. Bien que les différences de niveau soient faibles, elles suffisent à faire de ces pieds de coteaux des lieux stratégiques. Ils permettent d’offrir des vues sur une grande partie du marais, qui s’étend à perte de vue en contrebas, ne laissant même pas percevoir l’estuaire ; mais ils forment également les limites visuelles de celui-ci, perceptibles de très loin lorsqu’on se trouve dans les basses terres.

Vue depuis le canal de Ceinture : les pentes s'élèvent doucement, l'église signale le bourg de Braud derrière les arbres, légèrement surélevé - Braud-et-Saint-Louis
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Bien que peu marqués, les légers rebords qui cernent le marais à l'est sont nettement visibles à l'horizon - Braud-et-Saint-Louis
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Le canal des Callonges est un des chenaux principaux du marais, colonne vertébrale du réseau hydraulique - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Le réseau s'organise en mailles orthogonales - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Le système hydraulique et l’exploitation agricole

Si la digue côté estuaire et le canal de ceinture au pied des coteaux forment les éléments clefs du réseau hydraulique d’assèchement des marais, son fonctionnement repose sur de nombreux autres outils. A commencer par le marais de la Vergne, à l’est, qui reçoit les eaux d’un petit bassin versant, acheminées par quelques ruisseaux. Ceux-ci,d’abord dirigés vers le canal des Sables, sont ensuite évacués par le canal Saint-Georges. Mais le débit de ce dernier devient insuffisant lors des périodes de forte précipitations ; le marais de la Vergne, bien que plus élevé, se trouve alors inondé et joue le rôle de régulateur afin de protéger les polders plus à l’ouest. Pour ces derniers, cernés par le canal de ceinture, les chenaux principaux sont organisés suivant un plan orthogonal, parallèlement à la digue ouest - ainsi que les routes, qui suivent et révèlent cette structure du paysage. Ils récoltent les eaux issues des fossés de coulée (qui délimitent les métairies, unités d’exploitation traditionnelles en bandes d’une dizaine d’hectares), eux-mêmes réunissant celles des fossés de travers (qui bornent les parcelles exploitables, ’barrails’ de un à deux hectares).

La finesse de certains fossés doit rivaliser dans ces paysages avec la démesure des lignes à haute tension - Braud-et-Saint-Louis
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D'importants ouvrages (écluses, portes à flots) permettent le fonctionnement du système hydraulique du marais - Saint-Ciers-sur-Gironde
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A la fin des années 1970, le remembrement va transformer ces paysages : la volonté de définir des parcelles plus vastes s’oppose au maintien des systèmes traditionnels de drainage, remettant en cause la gestion des marais. La maïsiculture irriguée, notamment, va occuper des champs d’une surface totalisant parfois plusieurs centaines d’hectares, en gommant totalement les complexes réseaux antérieurs. L’existence même des marais étant liée à ces systèmes, ces évolutions posent question, d’autant plus qu’aujourd’hui, différents usages prennent place ici. Si les cultures labourées sont très largement majoritaires, les prairies occupent encore une part conséquente des marais, tandis qu’une large frange à l’est est dévolue à la chasse (tonnes, friches) : toutes ces pratiques n’impliquent pas le même rapport à l’eau, et donc différentes gestions des canaux.

De longues rampes d'irrigation surplombent souvent les parcelles céréalières : les cultures nécessitent ici des apports conséquents - Saint-Ciers-sur-Gironde
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De nombreuses parcelles ont été réunies, et le réseau hydraulique partiellement 'effacé', pour permettre la création de ces très vastes champs de maïs - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Les marais sont encore partiellement pâturés - Saint-Ciers-sur-Gironde
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La prairie de fauche est également un mode d'exploitation de ces polders - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Gérés par les chasseurs, certains milieux s'enfrichent, évoluant parfois jusqu'à un stade forestier - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Des mares sont aussi créées par les chasseurs, pour attirer la faune aviaire - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Les sites stratégiques des ports

Les ports de Vitrezay et des Callonges se situent tous deux à l’embouchure de chenaux importants, s’élargissant légèrement pour accueillir quelques embarcations dans un espace plus abrité que l’estuaire. Ces interfaces entre terre et eau représentent des sites-clefs pour la valorisation des paysages, et sur ces deux sites sont d’ailleurs favorisées les liaisons fluviales (construction d’un ponton aux Callonges, liaison par bac à Vitrezay) et les activités de découverte de la nature. Le pôle-nature de Vitrezay est situé en rive droite du canal de la Comtesse, donc dans le département de Charente-Maritime, mais le parc ornithologique ’Terres d’oiseaux’, au sud du port des Callonges, offre un exemple de site de nature, à destination du public, sur le territoire girondin

Le port de Vitrezay s'immisce dans l'embouchure du canal de la Comtesse - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Les ports sont avant tout des sites stratégiques pour les déplacements à travers l'estuaire : liaisons possibles de Vitrezay à Pauillac ou Blaye - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Le parc ornithologique des Callonges met en valeur le riche patrimoine naturel des marais estuariens - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Au dessus de l’horizon : arbres et centrale nucléaire

Ces terres artificielles constituent des espaces sans limites, d’une horizontalité parfaite (de un à deux mètres d’altitude), et les arbres sont peu nombreux dans ce paysage : quelques friches boisées à l’est, des sujets isolés ou de rares alignements, et peu de ripisylves. Tout élément vertical prend donc ici une place importante, à la fois point de repère et facteur de variété. D’autant plus qu’ils aident à appréhender ce territoire, les alignements soulignant les canaux tandis qu’une ripisylve ripisylve formation végétale du bord des cours d’eau fournie surplombe la digue ouest, en bordure de l’estuaire.

Sans présence végétale importante l'œil est très peu freiné dans ces paysages très plats et perçoit souvent jusqu'à la ripisylve en berge de l'estuaire - Saint-Ciers-sur-Gironde
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En signalant une route, et donc un canal, cet alignement au loin laisse percevoir la structure du paysage - Saint-Ciers-sur-Gironde
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L'arrivée au port des Callonges est mise en scène par ce double alignement - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Les arbres isolés sont immédiatement remarquables, et prennent un rôle de point de repère - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Masse imposante dominant l’horizon, la centrale nucléaire du Blayais - mise en service en 1981 - est la marque la plus récente de l’emprise de l’homme sur ce territoire. Sa haute silhouette se perçoit depuis une grande partie du marais, mais aussi depuis la rive médocaine au-delà de l’estuaire, elle forme un point de repère dans ces paysages de grandes étendues, pauvres en éléments verticaux notables. Elle souligne notamment la limite entre terres et eaux, imperceptible depuis les polders. Mais sa présence se prolonge également dans trois directions par les imposantes lignes à haute tension distribuant la production électrique vers le nord, l’est et le sud-est ; celles-ci parcourent le paysage et s’imposent à la vue, quasi-omniprésentes dans ces pays très dégagés.

La masse imposante de la centrale est visible de très loin, émergeant au-dessus des arbres - Braud-et-Saint-Louis
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Les lignes à hautes tensions sont les seuls éléments de ce paysage à ne pas suivre la trame du réseau hydraulique - Braud-et-Saint-Louis
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Du fait de l'horizontalité du marais et de la faible présence arborée, les lignes électriques semblent omniprésentes, traversant le paysage d'un bout à l'autre - Braud-et-Saint-Louis
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Enjeux de protection / préservation

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Le canal du Canton - Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le réseau hydraulique des marais : entretien et gestion des canaux, maintien de l’équilibre nécessaire à la préservation des milieux du marais.

Une gestion régulière est nécessaire pour éviter l'enfrichement - Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les prairies des marais : maintien des paysages ouverts des marais, gestion des prairies par pâturage.

Enjeux de valorisation / création

Les sites des ports : aménagement pour l’accueil au public, création de points de vue pour la découverte des paysages de l’estuaire.

Ponton au port des Callonges - Saint-Ciers-sur-Gironde
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les transports fluviaux : développement des possibilités de transport fluvial à travers l’estuaire.

Bords de route à réaménager au long du canal Saint-Louis - Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les paysages des routes : entretien des abords des routes, entretien des canaux, protection et développement des alignements.

Enjeux de réhabilitation / requalification

Simplification du paysage par la monoculture - Saint-Ciers-sur-Gironde
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Les grandes parcelles de monoculture : recréation des canaux de drainage, développement de bandes enherbées ou de haies pour favoriser les milieux naturels.

Les constructions banalisantes sont très visibles dans ces paysages ouverts - Saint-Ciers-sur-Gironde
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les bâtiments incongrus : inscription dans les paysages du marais par la plantation d’arbres et de haies adaptés en accompagnement.

Urbanisation pavillonnaire en limite des marais - Braud-et-Saint-Louis
crédits : Agence Folléa-Gautier

L’urbanisation en bordure des marais : arrêt du développement des constructions, définition de zones non constructibles dans les documents d’urbanisme, inscription dans les paysages des constructions existantes par la mise en place de lisières urbaines plantées.

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Carte de situation et bloc diagramme de l’unité C10_8.7 Mo