1 - Les paysages et la géologie / cartographie

Le département de Gironde présente des paysages étonnamment contrastés entre sa partie est, plutôt collinéenne, et sa partie ouest, aplanie pour former l’immense plateau "landais". L’axe Garonne-Gironde marque la rencontre entre ces deux mondes.
L’histoire géologique permet de comprendre l’origine de cette dichotomie paysagère si marquée. Elle permet également d’identifier les matériaux naturels devenus constitutifs des architectures traditionnelles rencontrées et de la personnalité des différents paysages. Enfin, la géologie explique la formation des sols à l’origine de mises en valeur bien spécifiques des différents terroirs, distinguant des paysages diversifiés.

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Carte géologique
crédits : Agence Folléa-Gautier
2 - Un vaste triangle ouvert sur l’océan
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le bassin d’Aquitaine est une dépression triangulaire très étendue et largement ouverte sur l’océan. Sa structure se poursuit d’ailleurs au large, sous l’Atlantique, par le plateau Aquitain et le plateau des Landes, qui appartiennent au domaine continental : la côte actuelle correspond à un temps climatique "t" mais ne se matérialise pas par une morphologie particulière du socle. Elle a d’ailleurs considérablement varié au cours du Quaternaire (entre -2 millions d’années et aujourd’hui) et évolue encore de nos jours (http://www.littoral.ifen.fr/). Au nord, à l’est et au sud, le bassin est bordé par des reliefs montagneux, plus ou moins marqués : Massif Armoricain, Massif Central et Pyrénées. Ceux-ci en forment les frontières depuis le Paléozoïque (entre -542 et -251 millions d’années).

3 - La formation du socle géologique, fin du secondaire et tertiaire
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Le socle de la Gironde est constitué principalement de roches sédimentaires, déposées depuis la fin de l’ère secondaire (crétacé supérieur : -100 à -65 millions d’années). Au sud-ouest, les formations du crétacé sont aujourd’hui enfouies à plus de 2000 m de profondeur : c’est dans cette fosse que sont exploités quelques gisements pétroliers (au cœur de la forêt domaniale de La Teste, entre le Bassin d’Arcachon et l’étang de Cazaux), grâce à des forages atteignant -3000 m. Des prospections étaient encore menées ces dernières années pour localiser de nouveaux gisements. D’autres traces rocheuses de cette époque affleurent très ponctuellement au sud de Bordeaux.

Dans l’Entre-Deux-Mers et sur les rives des grands axes fluviaux, les formations tertiaires (de -65 à -1,8 millions d’années) sont majoritaires. Au nord-est du département (Double, Landais, marges de la Double Saintongeaise) se sont accumulées de grandes nappes de sables et d’argiles, en provenance du Massif Central : les sols acides de ces régions sont occupés notamment par des boisements de pins maritimes - rappelant la forêt des Landes girondines - aux sous-bois marqués par la fougère aigle. Depuis les Pyrénées se sont répandues des molasses (grès cimentés par des calcaires argileux), du sud de la Gironde jusque dans le Fronsadais. Pour le reste du territoire, on trouve principalement des calcaires - que ceux-ci soient lacustres (Plassac, Castillon-la-Bataille) ou marins (dus à de nombreuses périodes de recouvrement par l’océan) - qui forment au long des fleuves de longues falaises, éléments dominants des paysages des vallées.

Les facteurs principaux de la création des paysages girondins actuels sont intervenus bien plus tard, durant l’ère quaternaire (à partir de -1,8 millions d’années) : d’importants mouvements tectoniques et évolutions climatiques ont alors entraîné une profonde transformation de ces territoires.

4 - L’apparition de la diagonale Garonne-Gironde
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L’apparition de la faille de la Garonne, au Pléistocène moyen (de 800 000 à 420 000 ans avant aujourd’hui), est l’un de ces évènements majeurs : le socle calcaire commun à l’ensemble du bassin se scinde en deux, la partie ouest s’effondrant, et le fleuve s’installe au long de cette flexure, sous un escarpement dont la dénivellation atteint 40 à 50 m. Celui-ci reste toujours bien visible et précieux dans les paysages de la vallée de la Garonne et dans ceux de l’estuaire : des coteaux bien marqués se dessinent, qui jouent à la fois le rôle de "vitrine / présentoir" depuis la plaine, et de "balcon" depuis les hauteurs.

Ce même socle calcaire originel s’est ainsi retrouvé profondément enfoui à l’ouest de la faille suite à cet effondrement, recouvert d’une importante couche de sédiments épandus par les fleuves et rivières. Du côté est, il est à l’inverse affleurant et offert aux éléments qui ont poursuivi le modelage des paysages par l’érosion : de larges vallées ont ainsi été creusées par les cours d’eau, par étages successifs. On peut trouver sur les terrasses alluviales successives les couches de graves des Pyrénées qui, en parallèle de ces changements morphologiques, ont été épandues massivement depuis l’Entre-Deux-Mers jusqu’à l’embouchure de l’estuaire. Ces graves vont jouer un rôle considérable dans les paysages et l’économie girondine en étant favorables à la présence de la vigne. Les mouvements souterrains des roches dures se sont aussi traduits par des reliefs bosselés en surface, notamment au sein de l’Entre-Deux-Mers.

5 - La genèse des sables des Landes
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Les climats changeants du quaternaire ont entraîné d’importantes modifications du niveau de la mer pendant cette période. La couche sédimentaire occupant la partie ouest a ainsi successivement été couverte par les eaux ou laissée exposée sur de très vastes surfaces, l’océan étant descendu jusqu’à -120 m par rapport à aujourd’hui. Pendant l’Holocène (10 000 dernières années), les très forts vents d’ouest ont transporté de grandes quantités de sable ainsi mis à nu, le triant et le déposant plus à l’est.

Deux couches se superposent donc bientôt :

  • un étage inférieur constitué de sables, de graviers (voire de galets) et d’argiles, issus des épandages fluviatiles pléistocènes ; épais d’une centaine de mètres au niveau du littoral, il s’amenuise en approchant les reliefs continentaux ;
  • un niveau supérieur épais de quelques mètres, constitué de grains très homogènes de sable fin, émoussé et dépoli, conséquence des dépôts éoliens de l’Holocène : le véritable sable des Landes, qui provient donc du remaniement des sédiments qu’il surmonte.

La remontée progressive du niveau des mers (vers -10000) aura à son tour un impact important, favorisant le comblement des marais littoraux et apportant quantité d’alluvions dans les basses vallées (palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées ).

6 - La formation du cordon dunaire littoral
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Au cours de périodes plus proches, des précipitations importantes entraînent le creusement de nouvelles vallées dans la plaine littorale : une partie des sables à proximité de ces cours d’eau s’est alors trouvée entraînée vers l’océan. Avec la fin de ces précipitations, ces sables, mal évacués, s’accumulent sur le littoral.

Une nouvelle période d’activité éolienne remodèle alors ces paysages, transportant ces sables pour les accumuler en hautes dunes continentales, avant de les déformer et de les repousser vers les terres. Au néolithique, le vent n’a plus assez de puissance pour transformer de nouveau ces masses de sable, et la végétation envahit ce paysage et fixe les dunes : au long des côtes, 200 000 ha de boisements naturels s’installent, et maintiennent en place une grande partie des sables. Néanmoins, sur la frange littorale, une bande de sable reste libre, et un étroit cordon dunaire continue à évoluer, sans cesse en mouvement selon les vents.

Du fait de l’action des vents marins, soufflant toujours dans la même direction, les dunes littorales prennent deux formes principales, selon le développement de la végétation. Tant que celle-ci ne s’installe pas, on observe la formation de barkhanes, dunes en demi-lune dont la face exposée au vent est convexe. Lorsque la végétation apparaît, elle tend à stabiliser les extrémités de la masse sableuse, l’action des vents se concentre alors sur la partie centrale, qui poursuit son avancée : la dune prend une forme en U, dont la partie concave, à l’inverse, fait face aux vents.

Cet ensemble de dunes sableuses constitue une barrière physique nette entre la plaine des Landes et l’océan Atlantique. Pour les cours d’eau qui drainent ce territoire, peu vigoureux étant donné l’extrême planéité du relief, cette limite est infranchissable : au lieu d’avoir l’océan pour exutoire, ces eaux créent des étangs permanents aux pieds des dunes, tout au long de la côte. La seule exception est le bassin d’Arcachon, où le cours de L’Eyre est parvenu à franchir cette barrière, transformant l’étang en lagune lagune dans le massif landais, ce terme désigne de petites étendues d’eau circulaires (de 10 à 80 m de diamètre) isolées, particulièrement riches en biodiversité . Au creux des vallonnements qui séparent les dunes, des zones plus humides se développent parfois : ce sont les lettes. Marais, étangs ou prairies humides, selon le niveau de l’eau, elles accueillent une flore et une faune différentes au cœur de ces déserts sablonneux.

Succession des dunes littorales
crédits : Agence Folléa-Gautier
Évolution de la péninsule du Médoc
crédits : Agence Folléa-Gautier
7 - L’exploitation des pierres et du substrat

Alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables et garluche

Les murs de cette église comportent des moellons en garluche, Lucmau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Au sein des couches superficielles des sables des Landes peut se développer un nouvel horizon : l’alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables . Lorsque les conditions sont réunies (percolation des eaux de pluie, remontée de la nappe) une partie des sables présents est cimentée par l’action conjuguée du fer et de la matière organique. L’alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables ne forme pas une couche continue mais des plaques, dont l’épaisseur peut aller de 0,1 à 2 m et qui peuvent être plus ou moins profondes selon la qualité des sols (en général vers 1 ou 2 m sous la surface sableuse). Sorte de grès mal cimenté spongieux, il peut ralentir fortement la descente des eaux dans le sol. C’est cette propriété, associée à l’absence de pente, qui a entraîné le développement de landes très humides sur une large partie de cette plaine sableuse.

Selon sa teneur en fer, l’alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables sera plus ou moins friable. Certains agrégats peuvent être brisés à la main tandis que d’autres sont de véritables grès. On les appelle alors des garluches (ou pierres des Landes). Celles-ci ont longtemps été utilisées localement comme matériau de construction. Disponibles en faible quantité, elles servaient notamment à la mise en place de soubassements, destinés à isoler de l’humidité les murs de la maison - élevés en structures de bois et torchis (seuls matériaux disponibles localement) - ou bien à la réalisation de murs, notamment pour des bâtiments plus importants (églises, mairies). Ces pierres ont également fait l’objet d’exploitation sidérurgique au XIXème siècle (malgré une teneur en fer qui reste assez faible). En ajoutant un emploi important pour paver les routes, ces usages divers on fait que tous les gisements conséquents sont aujourd’hui épuisés, et la garluche, encore recherchée, n’est plus employée qu’à titre décoratif

Calcaire

Les couches de calcaire à astéries sont souvent affleurantes, Langoiran
crédits : Agence Folléa-Gautier
Paysage de carrière en activité, en Entre-Deux-Mers
crédits : Conseil Général de la Gironde - Archives départementales
Certaines carrières sont encore en activité, exploitées notamment pour des rénovations, Prignac-et-Marcamps
crédits : Agence Folléa-Gautier
L'exploitation à la tombée a laissé des pans de falaise à nu, lisibles aujourd'hui encore par l'absence de végétation, Bayon-sur-Gironde
crédits : Agence Folléa-Gautier
La ville et ses remparts semblent nés du socle calcaire, Saint-Emilion
crédits : Agence Folléa-Gautier
Habitat récent intégrant des pierres calcaires, Pompignac
crédits : Agence Folléa-Gautier
Constructions en calcaire en cœur de bastide, Sainte-Foy-la-Grande
crédits : Agence Folléa-Gautier
Sans la protection d'un enduit, les moellons de calcaire sont soumis à une érosion importante, Vayres
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les marques de l'exploitation se lisent clairement sur la paroi du fond, Langoiran
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le calcaire à astéries, roche sédimentaire du Stampien (première période de l’Oligocène, de -34 à -28 millions d’années), a été extrait très tôt comme matériau de construction : tendre et facile à travailler, il présente aussi de bonnes qualités de résistance s’il est bien mis en œuvre (la porosité de cette roche lui confère une meilleure unité avec le mortier). Avant la viticulture, son exploitation était d’ailleurs un secteur économique majeur, qui engendrait de nombreuses activités : forgeron, charretier, gabarier, tailleur de pierre, marchand pierrier... Deux méthodes étaient utilisées : l’extraction souterraine, qui permettait de produire des pierres de taille, et l’extraction par tombée, qui se pratiquait sur les parois des falaises et fournissait des moellons.

Les exploitations se sont concentrées sur différents secteurs au fil du temps : le Bourgeais à l’époque gallo-romaine ; la juridiction de Saint-Emilion et les Hauts de Garonne durant le bas Moyen-Âge ; le Fronsadais et les Côtes de Garonne au XVIIème siècle ; le Sauternais et l’Entre-Deux-Mers au XIXème siècle. La qualité du matériau, sa facilité d’exploitation, mais aussi la proximité des cours d’eau pour le transport, étaient déterminants. On peut distinguer deux types de pierre selon les zones d’exploitation. En amont de Bourg, on produit une roche dure, taillée en blocs de grande dimension (d’abord par des galeries souterraines, et plus récemment à ciel ouvert) ; tandis qu’en aval la pierre est plus tendre (produite par galeries souterraines, mais aussi par tombée).

La pierre de Roque-de-Thau a été utilisée très tôt pour édifier les monuments de Bordeaux, dès l’époque gallo-romaine. Au fil du temps, la qualité et la couleur du calcaire local ont marqué durablement et valorisé considérablement les paysages de la Gironde, aussi bien en ville (nombreux monuments de Bordeaux, façades des quais de la Garonne) que dans les campagnes (châteaux, églises et fermes sur l’ensemble du territoire). Ce matériau n’était pas réservé aux bâtiments prestigieux, mais aussi utilisé pour des constructions communes, ce qui explique, aujourd’hui encore, sa forte présence dans les paysages.

En fin d’exploitation, les galeries étaient souvent réemployées en tant que champignonnières, surtout vers la fin du XIXème siècle ; un habitat troglodytique s’est également développé au XIXème siècle. Certaines carrières souterraines furent de nouveau investies, mais à ciel ouvert. Aujourd’hui, une production est maintenue, notamment pour des chantiers de rénovation de monuments ; les champignonnières, quant à elles, ont progressivement cessé leur activité dans les années 1980. Abandonnées, les exploitations à ciel ouvert s’enfrichent et s’effacent des paysages, seules les anciennes exploitations par tombée ont laissé une marque visible sur les falaises des coteaux. Les carrières de Prignac-et-Marcamps, juste en amont de Bourg, fournissaient un matériau réputé pour sa qualité ; encore en activité aujourd’hui, l’extraction à ciel ouvert marque les paysages de la commune.

Granulats

Plan d'eau résultant d'une ancienne sablière au premier plan, site en activité à l'arrière-plan, Mios
crédits : Agence Folléa-Gautier
Gravière en vallée de Garonne, Fontet
crédits : Agence Folléa-Gautier
Sablière au coeur de la pinède, Belin-Beliet
crédits : Agence Folléa-Gautier

L’exploitation des substrats représente aujourd’hui encore une activité importante. Que les prélèvements s’effectuent dans les vallées (lit majeur ou mineur des cours d’eau) ou sur le plateau Landais, leur impact sur le paysage est souvent important et durable. Ainsi, les extractions dans le lit même de la Garonne - aujourd’hui interdites - ont transformé le cours d’eau, faisant disparaître notamment les vastes plages de graves qui le bordaient. Quant aux gravières et sablières, elles laissent une fois délaissées des excavations dont la reconversion est difficile, séquelles bien visibles sous la forme de nombreux plans d’eau.