Histoire de Bordeaux

UN PAYSAGE URBAIN MAGNIFIÉ PAR LA PIERRE

Le calcaire accentue le caractère uni et monumental de la façade fluviale de Bordeaux
crédits : Agence Folléa-Gautier
Même les bâtiments les plus simples bénéficient de la qualité de la pierre
crédits : Agence Folléa-Gautier

C’est peut-être la pierre qui marque en premier lieu le paysage urbain historique de Bordeaux. Ce magnifique calcaire stampien, pris dans les multiples carrières au long de la rive droite de Garonne, voire de Dordogne, transporté sur des gabarres, mis en œuvre pour construire la ville, compose un visage à la fois unitaire, chaleureux et doucement coloré à Bordeaux-centre. Facile à tailler, il a fait l’objet d’un travail minutieux, dont les 3 000 mascarons disposés sur les façades et les fontaines de la ville composent les éléments emblématiques. Fragile, il est facilement noirci par la pollution, au point que la ville a longtemps caché sa splendeur architecturale sous un sombre et triste visage avant sa remise en valeur des dernières années.

L’héritage urbain du XVIIIe siècle

Des héritages gallo-romains (le Palais-Gallien) à ceux du milieu du XXe siècle, la pierre tient dans une même unité les quartiers de Bordeaux. L’héritage le plus remarquable est celui du XVIIIe siècle, lorsque la ville s’épanouit avec la centralisation monarchique (dont les Intendants sont les instruments), l’assainissement des finances et le développement du commerce international en direction des ’Isles’. Le négoce attire une population riche ou modeste, extrêmement variée, mêlant catholiques, protestants et israélites. La population passe de plus de 66 000 habitants au milieu du siècle à près de 110 000 en 1790. Les Intendants qui se succèdent, Claude Boucher (1720-1743), Louis de Tourny (1743-1757) et Nicolas Dupré de Saint-Maur (1776-1785), s’avèrent d’excellents administrateurs. « Ils multiplient les opérations d’urbanisme dans la ville encore prisonnière de ses remparts, pour rompre définitivement avec l’image d’une cité médiévale : c’est la construction de la place Royale (actuelle place de la Bourse), la création des places Dauphine (Gambetta), Saint-Julien (de la Victoire), de Bourgogne (Bir-Hakeim), Saint-Germain (Tourny), la percée ou l’aménagement des cours et allées conçus comme des promenades, l’érection des portes et fontaines, la réalisation du jardin public et de nombreux lotissements, le démantèlement du Château Trompette. La ville se pare de somptueuses constructions comme le Grand Théâtre, le Palais Rohan et d’autres hôtels particuliers, créant de nouveaux quartiers aérés à la richesse inouïe. Bordeaux entre dans la modernité » (source : site internet de la ville de Bordeaux).

L’héritage urbain du XIXe siècle

La ville est également marquée par l’héritage du XIXe siècle : le Théâtre Français, le cimetière de la Chartreuse, le palais de justice, les colonnes rostrales des Quinconces, les boulevards (1853-1857), les lignes de chemin de fer vers Bayonne ou Paris, l’extension des quartiers, l’adduction d’eau et l’éclairage des rues dans les années 1860, l’annexion de la commune de La Bastide en 1865, l’ouverture du cours d’Alsace en 1869, l’installation de marchés, le dégagement de la cathédrale Saint André, la construction de la synagogue, des facultés, de la bibliothèque municipale et de la gare Saint-Jean… sont des témoignages significatifs de l’aménagement du Bordeaux de la seconde moitié du XIXe siècle, ville qui passe de 120 000 habitants en 1841 à 230 000 en 1891.

L'architecture typique des échoppes constitue un paysage urbain très marqué
crédits : Agence Folléa-Gautier

C’est aussi à partir du Second Empire et jusqu’en 1930 que s’édifient les échoppes bordelaises. Ces modestes et élégantes maisons urbaines, construites en pierre de taille, basses et de plain-pied, contribuent à la personnalité de quartiers entiers de Bordeaux. Le recensement de 1995 en dénombrait environ 11 000.

La rupture urbaine du XXe siècle

L'urbanisme sur dalle de Mériadeck sépare les circulations, au sol, des bâtiments surélevés
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La surface des dalles est dévolue aux circulations piétonnes
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L'esplanade plantée de pins, conçue par Jacques Sgard, offre un espace public agréable
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L’entre-deux-guerres a laissé des réalisations de grands travaux et d’équipements qui modernisent la ville : réfection des égouts et de l’éclairage public, macadamisation de rues, construction des abattoirs, de la piscine Judaïque, de la Bourse du travail, du stade Lescure et d’un nouvel immeuble pour la récente régie municipale du gaz et de l’électricité. Mais c’est surtout après-guerre que le paysage urbain se transforme radicalement. Sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, alors qu’il devient maire en 1946 et ministre des Travaux publics, du Logement et de la Reconstruction en 1954, la ville hérite du courant moderniste par des ruptures de style, de volumes et de formes. Cette rupture est assez bien symbolisée par l’irruption - controversée - du quartier nouveau de Mériadeck dans le vieux Bordeaux à partir de 1969. Mais plus largement, « pour faire face à l’insalubrité d’un grand nombre de logements, la construction de plusieurs cités est lancée dans l’urgence : Carreire, Claveau, Labarde. Elles sont suivies de constructions modernes que l’on souhaite durables. En 1955, la première cité sort de terre à la Benauge, suivie de celle du Grand-Parc en 1957, de la Cité lumineuse en 1960, pendant que débute une autre décennie de grands travaux : le domaine universitaire, le centre hospitalier universitaire (CHU), les tours de la cité administrative. Entre 1962 et 1966,on creuse Le Lac par dragage dans les espaces marécageux de Bordeaux Nord. Le Parc des expositions y est édifié. Il ouvre en 1969 » (site internet de la ville de Bordeaux). A partir des années 1970, pendant que l’urbanisation des maisons individuelles et des zones d’activités rampe à l’horizontale, étendant largement Bordeaux dans une vaste agglomération peu dense, le centre-ville vieillit, noircit sous la pollution automobile grandissante et perd des habitants.

La reconquête urbaine, au tournant des XXe et XXIe siècles

La priorité donnée au tramway minimise l'emprise des voitures dans le centre-ville
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L'espace public de la rue est transformé par le passage du réseau en site propre
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La place de la Victoire se dessine autour du tramway
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En 1995, Alain Juppé prend la suite de Jacques Chaban-Delmas à la tête de Bordeaux, « la belle endormie ». Il lance un grand programme de rénovation urbaine : le tramway revient (décembre 2003), contribuant non seulement à améliorer le transport urbain des Bordelais, mais aussi à remettre la voiture envahissante à sa juste place, à requalifier les espaces publics (les quais, le Cours de l’Intendance, la Place Pey-Berland, la place de la Victoire, le cours du Chapeau Rouge, etc), à offrir une nouvelle façon d’appréhender le paysage urbain de la ville, et surtout à réduire la fracture sociale, qui est aussi spatiale, en raccordant les quartiers périphériques au centre : les Aubiers, le Grand Parc, Bacalan.

Au long de la Garonne s'ouvrent aujourd'hui d'amples espaces publics, confortables et accueillants
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Les façades sont mises en valeur par les aménagements
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Le miroir d'eau de la place de la Bourse est devenu un aménagement emblématique de Bordeaux
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Outre le tramway, les quais moribonds de Garonne, orphelins d’une activité économique partie ailleurs, revivent de façon spectaculaire en étant entièrement réaménagés au bénéfice des habitants. Dès 2007, les premiers efforts sont « récompensés » par l’inscription de 1810 ha du Bordeaux historique sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est le premier ensemble urbain, sur un périmètre aussi vaste et complexe, distingué par la Commission du Patrimoine mondial de l’Unesco depuis sa création. « Les plans urbains et les ensembles architecturaux à partir du début du XVIIIe siècle font de la ville un exemple exceptionnel des tendances classiques et néoclassiques et lui confèrent une unité et une cohérence urbaine et architecturale remarquables. Son urbanisme représente le succès des philosophes qui voulaient faire des villes un creuset d’humanisme, d’universalité et de culture » (extrait du rapport de l’UNESCO).

La gare Saint-Jean réaménagée forme le cœur du projet urbain pour le sud de l'agglomération
crédits : Agence Folléa-Gautier

Sur cette lancée, la ville se prépare « s’intensifier » autour de deux nouvelles centralités, à cheval sur la Garonne : au nord sur le secteur bassins à flots/Brazza ; au sud sur le secteur gare/Belcier/Deschamps. Il s’agit d’organiser progressivement la reconquête de la rive droite, déjà entamée grâce au tram, à la faveur de deux nouveaux ponts : Bacalan-Bastide et Jean-Jacques Bosc. C’est au sud que les transformations sont amenées à démarrer, au sein du périmètre de l’EPA Euratlantique lié à la gare, avec la perspective d’accueillir les 20 millions de voyageurs attendus lorsque le TGV mettra Bordeaux à 2h de Paris, puis 1h de Toulouse, 1h30 de Bilbao et 3h de Madrid.