J1. La bande littorale
SITUATION CARACTÉRISTIQUES ENJEUX

La côte aquitaine s’étire en une immense plage de sable rectiligne sur plus de 200 km du nord au sud, de l’embouchure de la Gironde à celle de l’Adour. Sur le territoire départemental, ce sont environ 115 km qui font face aux vagues en rouleaux de l’océan Atlantique. En arrière du rivage, les dunes sableuses et boisées, les étangs et zones humides, puis le massif forestier se succèdent presque invariablement - le Bassin d’Arcachon constituant la seule et majestueuse exception (cf unités J2 à J6). Ces séries se prolongent jusqu’à une douzaine de kilomètres environ à l’intérieur des terres, investies par les différentes stations bâties des cités balnéaires de Lacanau, Hourtin, ou encore Carcans. Très fréquentées par les touristes, notamment en période estivale, celles-ci sont desservies par de petites routes perpendiculaires à la côte, franchissant les dunes pour rejoindre une longue desserte nord-sud formée des RD3, RD101 et RD652.

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    CARCANS
    GRAYAN-ET-L’HOPITAL
    GUJAN-MESTRAS
    HOURTIN
    LA TESTE-DE-BUCH
    LACANAU
    LE PORGE
    LEGE-CAP-FERRET
    NAUJAC-SUR-MER
    SOULAC-SUR-MER
    VENDAYS-MONTALIVET
    VENSAC

crédits : Agence Folléa-Gautier

Une organisation régulière, parallèle à la côte

Le massif forestier des Landes girondines se prolonge presque jusqu'à la côte litorale - Vendays-Montalivet
crédits : Agence Folléa-Gautier
Rencontre majestueuse entre dunes et océan - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

La rencontre entre le vaste plateau sableux landais et l’océan Atlantique a constitué une interface terre-mer complexe et évolutive, fruit de l’influence conjuguée des vents, des eaux - courants marins de l’ouest et rivières de l’est - et des hommes. Si les éléments continuent à façonner ce paysage - sables charriés par l’océan ou soufflés par les vents - les interventions humaines des deux derniers siècles ont pour but de le stabiliser : fixation des dunes par plantation, protection du littoral contre l’érosion...

Les dunes boisées surplombent les étangs en un horizon sombre et ondulé - Carcans
crédits : Agence Folléa-Gautier
L'horizon infini de l'océan Atlantique se révèle après la barrière des dunes - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

De la pointe du Verdon à l’étang de Cazaux, c’est donc la même organisation qui régit le paysage : le plateau sableux est interrompu par les étangs, issus du blocage de l’eau par le cordon dunaire (lac d’Hourtin et de Carcans, lac de Lacanau, étang de Cazaux et de Sanguinet) ; les dunes boisées et stabilisées surplombent les étangs ; les dunes vives, enfin, modelées par le vent, font face à l’océan. Quelques variations peuvent néanmoins être observées. Ainsi, au nord d’Hourtin, la chaîne dunaire voit son emprise diminuer pour se réduire à un étroit cordon situé deux à trois kilomètres à l’intérieur des terres, tandis que la plage n’est plus bordée que par un bourrelet sableux peu marqué.

Le cordon dunaire, une succession de milieux

Les dunes les plus anciennes sont maintenues en place par la pinède - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le cordon dunaire n’est pas homogène, mais se décompose en plusieurs séquences. A l’est, surplombant les étangs, se dressent les dunes boisées, les plus hautes et les plus anciennes ; couvertes de pinèdes, elles sont fixées par les arbres et présentent un profil stabilisé, composant les beaux horizons boisés et souples des étangs. Cette couverture forestière est en grande partie naturelle (200 000 ha de pinède existaient spontanément) et a été complétée par les travaux de fixation à partir du XVIIIème siècle (cf "Le littoral girondin"). Aujourd’hui, la gestion par l’ONF d’une grande partie de ces boisements littoraux (forêts domaniales ou communales) assure leur protection et leur pérennité. La valeur patrimoniale de cette forêt littorale est à souligner.

Des dunes blanches désertiques à la pinède des dunes boisées - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier
La dune blanche, dynamique et mobile, surplombe la plage - Lacanau
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Les oyats sont les premières plantes à occuper la dune - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les dunes grises, protégées des embruns, voient une végétation rase et plus clairsemée les maintenir en place : si cette couverture reste peu importante, son réseau racinaire dense assure la tenue du substrat. Il s’agit de pelouses riches en mousses et en lichens, dominées par l’Immortelle (Helichrysum stoechas), souvent accompagnée de la Canche blanchâtre (Corynephorus canescens). La dune blanche, quant à elle, est particulièrement mobile : implantée en front de mer, elle est la plus exposée au vent, qui la déplace et l’engraisse par de nouveaux apports sableux, captés par les quelques plantes pionnières qui la couvrent - principalement l’Oyat (Ammophila arenaria) et l’Agropyron (Elymus farctus). Enfin, la dune embryonnaire prend la forme d’une banquette sableuse - issue de l’accumulation de sables éoliens au pied de la dune vive - et annonce l’apparition possible de nouveaux reliefs.

Généralement située entre la dune boisée et la dune grise, la lette lette terme régional désignant une dépression, souvent humide, entre deux dunes littorales prend la forme d’une dépression où se développent des milieux plus humide. Selon le niveau de la nappe phréatique - qui peut varier au fil des saisons - on y trouvera de véritables marais ou de simples pelouses humides. Ces secteurs sont bien plus abondants en matières organiques que les dunes blanches, et présentent des milieux naturels très riches, variant suivant la durée d’inondation, la salinité, l’exposition au vent...

La protection des cheminements permet de préserver les milieux dunaires - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Leur mobilité et leur sensibilité aux éléments comme aux activités humaines font de ces secteurs dunaires des milieux fragiles. La fréquentation estivale très importante implique une gestion attentive de ces lieux, afin de maintenir un équilibre permettant de préserver la richesse des habitats tout en assurant au plus grand nombre la jouissance de ces sites exceptionnels.

L’exutoire des Landes

Évolution de la péninsule du Médoc
crédits : Agence Folléa-Gautier
Formation des dunes et création des étangs
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Les horizons ouverts des étangs offrent des respirations bienvenues au sortir du massif boisé - Lacanau
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Autour des étangs s'étendent des zones humides aux milieux naturels riches - Carcans
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Parallèlement à la formation des dunes sont apparus les grands lacs médocains. Dans un premier temps, les courants océaniques associés à des apports de sables ont obstrué les embouchures des rivières. Avec l’apparition des premières dunes, les eaux ont commencé à se propager légèrement en amont, formant derrière les buttes de larges bassins encore reliés à l’Atlantique et entourés de zones humides marécageuses. Le cordon dunaire, en se densifiant, a achevé l’obstruction de ces débouchés, laissant les eaux de ruissellement s’accumuler et constituer des lacs d’une taille conséquente.

C’est durant la seconde moitié du XIXème siècle qu’est creusé le canal des Etangs, dans le but d’assécher les marais et de créer une voie de circulation navigable. Reliant les lacs d’Hourtin et de Lacanau au Bassin d’Arcachon, il offre de nouveau un exutoire aux cours d’eau des Landes girondines, avec pour conséquence directe la baisse du niveau d’eau des étangs, et donc la réduction de leur surface. Tout en permettant le drainage et l’écoulement des eaux, le canal laisse apparaître des zones humides sur les terres précédemment immergées. Une succession de milieux humides se confirme donc entre forêt et dunes, avec pour lien le canal des Etangs.

Les marais aux abords du chenal du Gua - Vendays-Montalivet
crédits : Agence Folléa-Gautier
Le chenal du Gua - Vendays-Montalivet
crédits : Agence Folléa-Gautier

Au nord, c’est le chenal chenal canal (souvent élément d’un réseau de drainage) ou voie d’accès navigable du Gua qui remplit ce rôle : débouchant dans l’estuaire de la Gironde, à la hauteur de Talais, il offre un exutoire aux eaux des marais de Lespaut et de la Perge.

Une urbanisation en triptyque

Extension de la ville forestière de Hourtin
crédits : Agence Folléa-Gautier
Centre de la ville forestière de Vendays-Montalivet
crédits : Agence Folléa-Gautier
Place centrale de la ville forestière de Carcans
crédits : Agence Folléa-Gautier
Esplanade du port de Maubuisson, le hameau lacustre de Carcans
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les évolutions du niveau d’eau ont fortement contraint les implantations humaines : quelques peuplements préhistoriques durent ainsi reculer plusieurs fois face à l’élargissement des lacs (cf "Le littoral girondin"). A l’inverse, les villes côtières du Médoc (Lacanau, Hourtin...), implantées sur les rives ouest des lacs à leur plus haut niveau, ont vu les eaux s’éloigner avec le percement du canal. Suite à ce recul, de nouveaux hameaux apparaissent au plus près des rives nouvelles : les stations lacustres se développent ainsi, en complément des villes forestières.

Le village de l'océan, à Carcans-Plage
crédits : Agence Folléa-Gautier
Front de mer de Lacanau-Océan
crédits : Agence Folléa-Gautier

Avec l’apparition et le développement du tourisme de bord de mer (cf "Le littoral girondin"), dans la seconde moitié du XIXème siècle, un troisième élément va compléter ces villes. C’est au plus près du rivage océanique, dans les derniers cordons dunaires, que s’implantent les stations balnéaires : Lacanau-Océan, Carcans-Plage, Montalivet-les-Bains...

La RD101 au cœur du massif forestier - Vendays-Montalivet
crédits : Agence Folléa-Gautier
La RD3 au sud de Hourtin
crédits : Agence Folléa-Gautier
Approche de Lacanau-Océan par la RD6
crédits : Agence Folléa-Gautier

La desserte du nord au sud entre ces villes s’organise à l’ouest des lacs, par les RD101 et RD3. Celles-ci desservent les quartiers forestiers, à partir desquels de petites routes locales s’immiscent entre les lacs et les dunes vers l’ouest, afin de relier les stations lacustres et balnéaires.

Un développement touristique et urbain maîtrisé

La pression touristique sur le littoral ne fait que croître au cours du XXe siècle, particulièrement à partir des années 1960. Aussi l’Etat crée-t-il la Mission Interministérielle d’Aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA) par le décret du 2 octobre 1967. Elle est chargée de définir le programme général d’aménagement, d’en déterminer les moyens d’exécution et d’en suivre la réalisation. La Mission élabore alors le Schéma d’Aménagement de la Côte Aquitaine, approuvée par le CIAT le 20 avril 1972 (pour la partie Gironde-Landes). Le Schéma prévoit de doter le territoire des équipements touristiques nécessaires en lui donnant une image de marque originale fondée sur la conjonction de l’océan, de la forêt et des lacs, tout en lui conservant son équilibre écologique et humain. Il prévoit neuf Unités Principales d’Aménagement où sont concentrés les équipements, séparés par sept Secteurs d’Equilibre Naturel où le milieu naturel est protégé. Au sein de chaque UPA les opérations nouvelles sont traitées perpendiculairement à la côte et s’appuient sur les urbanisations existantes.

L’application du schéma est assurée par une politique foncière non moins volontariste, puisque la procédure des Zones d’Aménagement Différé (ZAD) est mise en place pour 180 000 ha en 1970. L’Etat devient ainsi l’acquéreur privilégié et contrôle les ventes de terrain de la bande côtière sur 7 à 10 kilomètres de large.

La politique est novatrice par son côté très logique à une aussi vaste échelle, d’autant qu’elle mène de front aménagement touristique et protection du milieu. Elle aboutira à la très belle lisibilité du paysage littoral de la côte girondine (et landaise) actuelle, ponctuée de stations clairement distinctes les unes des autres. En fait, une logique urbaine s’est ajoutée intelligemment à une logique géographique en place, pour dessiner un paysage hiérarchisé, clairement organisé. De quoi faire rêver les acteurs de l’aménagement des autres côtes en France, victimes d’une urbanisation généralisée où les coupures d’urbanisation, qui font la lisibilité du paysage, se réduisent à des peaux de chagrin. La valeur du littoral Girondin n’en est que plus grande.

Les circulations douces offrent des circuits privilégiés dans le massif dunaire - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le développement des circulations douces permet de parcourir ce paysage préservé dans son ensemble. Piétons, cyclistes et cavaliers peuvent ainsi arpenter le littoral de l’étang de Cazaux jusqu’à la pointe du Verdon, en contournant le Bassin d’Arcachon, et les circuits sillonnant les dunes ou les zones humides des étangs offrent l’opportunité de découvrir ces milieux protégés sans leur porter atteinte.

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Enjeux de protection / préservation

Les flux de visiteurs doivent être canalisés afin de protéger les dunes - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les milieux naturels dunaires (dunes blanches fragilisées, zones humides des lettes, pinèdes), les zones humides autour des lacs et du canal : protection de la flore et des habitats précieux.

Préservés de l'urbanisation, les paysages de la route offrent des trajets agréables - Vendays-Montalivet
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les coupures d’urbanisation héritées de la MIACA : maîtrise de la construction et maintien des espaces non bâtis.

La pinède habitée présente des constructions intéressantes - Lacanau-Océan
crédits : Agence Folléa-Gautier
Bâtiment contemporain intégrant la façade d'origine - Mairie de Carcans
crédits : Agence Folléa-Gautier

Le patrimoine architectural : repérage, inscription aux documents d’urbanisme, entretien et rénovation.

Enjeux de valorisation / création

Des sentiers balisés permettent de découvrir ces milieux fragiles - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les circuits de découverte des dunes et des lacs : ouverture raisonnée au public, protection des milieux par des accès canalisés.

Le canal des Etangs : mise en place de liaisons douces piétons-vélos sur les berges.

La pinède accompagne les bâtiments et accueille les liaisons douces - Lacanau
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les zones d’activités proches des routes : maintien d’un recul par rapport à la voie, inscription dans les paysages forestiers par la préservation de parcelles boisées.

Enjeux de réhabilitation / requalification

L'architecture et les espaces publics dessinent un paysage urbain peu amène - Lacanau-Océan
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les fronts de mer des stations balnéaires : réaménagement des espaces publics, entretien et rénovation des bâtiments.

Confrontation brutale entre les dunes côtières et le parking - Carcans-Plage
crédits : Agence Folléa-Gautier

Les espaces de stationnement : recul des aires de stationnement par rapport à la plage et aux milieux fragiles, inscription sous les pinèdes.

La multiplication des constructions crée un continuum urbain lâche - Le Porge
crédits : Agence Folléa-Gautier

L’urbanisation en bord de route : arrêt de la construction linéaire.

Les sites de camping dans les dunes : gestion des boisements existant, développement d’une stratégie de renouvellement des boisements.

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Carte de situation et bloc diagramme de l’unité J1_9.1 Mo