5 - L’occupation diffuse ancienne du nord-est

Dans la partie est du département, on peut définir deux types d’occupation bâtie : le maillage villageois des plateaux collinéens, et les pieds de coteaux urbanisés des vallées. L’Entre-Deux-Mers et les pays du nord (du Blayais au Libournais) sont parcourus d’un réseau dense et fin de petites voies : suivant les crêtes des collines ou franchissant les vallées, elles permettent l’exploitation agricole de ces terres, mais aussi la distribution du bâti sur tout le territoire. Les villas et domaines de l’aristocratie gallo-romaine avaient déjà jeté les premiers jalons de cette occupation, comme en témoignent encore les nombreux toponymes en -ac et -an, suffixes synonymes de possession souvent associés à des noms propres. Les défrichements du Moyen-Âge, puis la création des bastides ont complété cette trame. Pour la plupart - et à l’exception notable des bastides - ces villages ne disposaient pas d’un vrai cœur dense : l’église était entourée de quelques fermes, souvent groupées vers les hauteurs, mais sans former de bourg bien dessiné. Aujourd’hui, l’urbanisation s’éparpille sur tout le territoire, mais avec une ampleur bien supérieure. Autour de ces implantations originelles, les villages voient leurs extensions descendre de plus en plus vers les vallées, dispersant un bâti souvent banal sur les coteaux.

Pas d'espace public, une raquette de retournement dessert quelques pavillons - Artigues-Près-Bordeaux
crédits : Agence Folléa-Gautier
La majeure partie des logements récents s'organisent en lotissements en cul-de-sac - Pompignac
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Etape par étape, le bâti s'éloigne du cœur de village pour s'installer dans les vallons - Puisseguin
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Les bastides, au nombre de huit sur le territoire départemental, ont été fondées à partir du XIIIème siècle. Certaines se sont depuis développées bien au-delà du plan originel : Libourne compte ainsi plus de 23 000 habitants, et ses faubourgs ont depuis longtemps effacé l’enceinte ancienne ; d’autres sont restées de petites communes rurales, guère plus étendues que lors de leur fondation. Mais le plus souvent, elles ont conservé la structure si particulière de ces villes nouvelles médiévales : parcellaire orthogonal, rues étroites, grande place centrale avec arcades... C’est donc un patrimoine de grande qualité à préserver et valoriser, mais souvent encore malmené par des extensions peu réfléchies.

Les extensions récentes, lâches et disgracieuses, contrastent avec le bâti ancien dense des bastides - Sauveterre-de-Guyenne
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Les coteaux en rive droite de la Dordogne se révèlent dans le prolongement des rues étroites de la bastide - Sainte-Foy-la-Grande
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Le bâti ancien est en général très présent, mais il est fréquemment à l'abandon et en voie de dégradation - Sainte-Foy-la-Grande
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Les vallées, quant à elles, ont longtemps joué un rôle majeur dans les déplacements : à une époque où les chemins terrestres n’étaient ni sûrs, ni rapides, la navigation fluviale allait bon train. L’essentiel du commerce du vin transitait par les voies d’eau et une activité intense régnait au long des berges. Les vallées restent des lieux privilégiés pour l’implantation de l’habitat, et de nombreux villages se succèdent au long des routes en pied de coteau ; prudemment implantés en retrait des fleuves, souvent sur de légères terrasses, leurs extensions ont pourtant tendance aujourd’hui à coloniser les zones inondables. Les hameaux des berges, implantés originellement pour ces activités liées aux fleuves et souvent protégés par des digues, voient aussi se multiplier les constructions. Ces vallées concentrent donc une part importante de l’urbanisation : premiers axes de peuplement à la préhistoire, elles conservent aujourd’hui un rôle majeur en termes de démographie.

Les pieds de coteaux forment des lieux privilégiés d'implantation urbaine - Bourg
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L'alignement des maisons anciennes du village, au fond, marque la limite de la terrasse sur laquelle celui-ci s'est implanté à l'origine ; en contrebas, les extensions récentes sont construites en zone inondable - Les-Eglisottes-et-Chalaures
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Franchissement de la digue par la route, un système de protection est prévu en cas de crue - Bourdelles
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Lorsque le village s'avance jusqu'à la berge, les rez-de-chaussée sont surélevés - Saint-Denis-de-Pile
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Une large digue protège la rive gauche de la Garonne - Fontet
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Dans la vallée de l'Isle, la D1089, en rive gauche de la rivière, forme un couloir urbain important et quasi-continu entre Gours et Abzac - Saint-Seurin-sur-l'Isle
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