4 - Les larges mailles viaires de la forêt des Landes

Le réseau des routes qui traversent la forêt des Landes girondines, aux tracés rectilignes dessinés pour faciliter l’exploitation du bois et favoriser la rapidité des déplacements, a clairement déterminé l’emplacement des villages : autour de chaque croisement s’est développé un noyau bâti. Les structures de ces villages s’articulent donc en grande partie au long de ces axes routiers, se prolongeant souvent sur chaque branche du carrefour. Cette configuration implique en général un espace public au caractère très routier, sans réelle place pour le piéton et la vie sociale. Sur les axes majeurs, cette situation peut devenir symptomatique de l’urbanisation linéaire : la D1250 qui relie Bordeaux à Arcachon est longée de zones d’activités et de bâti disparate sur des portions conséquentes de son parcours, présentant un risque, si ce phénomène se poursuit, de continuum urbain au cœur de ces paysages forestiers.

Les zones d'activités s'étendent sans maîtrise au long de la route - Cestas
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les longues routes rectilignes qui traversent les landes girondines sont parcourues de nombreux poids-lourds - Cestas
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L'importance de la route écrase l'espace public : pas de place pour le piéton - Marcheprime
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Les carrefours sont souvent au cœur des villages - Marcheprime
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Plus isolés autour des villages, les airials constituent un patrimoine important hérité de l’ancienne exploitation agropastorale des landes. Implantés le plus souvent à proximité des cours d’eau, afin de bénéficier de sols mieux drainés, ils se composent de quelques maisons accompagnées de diverses dépendances (grange, porcherie, four, puits...) réparties dans un large espace enherbé. Les feuillus (chênes notamment) accompagnant les bâtiments en faisaient, jusqu’à la plantation de la pinède au XIXème siècle, des oasis boisées au cœur des landes désertiques : aujourd’hui, les airials dessinent à l’inverse des clairières lumineuses cerclées de pins. Parfois groupés, ils forment alors des quartiers, petits hameaux dispersés dans la forêt. Cette typologie bâtie très particulière est un héritage discret, mais précieux, à préserver dans le cadre de l’urbanisation contemporaine.

D’autres facteurs influent sur la répartition des villages. Ainsi, dans la partie sud des Landes girondines, les vallées de l’Eyre et du Ciron sont accompagnées de localités plus importantes, et plus groupées, que dans le reste de la forêt. Ces chapelets de villages sont entourés d’un réseau de desserte locale légèrement plus dense que dans la presqu’île médocaine, au nord. Mais ce sont les routes de grande ampleur qui font réellement la différence : la A63 et la A65 desservent directement cette partie sud des Landes girondines, tandis qu’au nord, la presqu’île reste isolée, sans axe routier majeur.

Des bourgs importants se sont développés à proximité de la vallée de l'Eyre, ici le centre de Belin-Beliet
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Extension de Belin-Beliet
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Centre-bourg de Hostens, aux limites du bassin versant de l'Eyre
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Un airial vers Captieux
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La densité de répartition des villages augmente nettement à l’approche de la bordure est des bois de pins, vers les terrasses viticoles des Graves et du Médoc. On est déjà , alors, dans le territoire de Garonne et de l’estuaire ; sur les terrasses graveleuses, la vigne remplace la forêt, et les villages s’implantent à proximité du raisin autant que des voies commerciales fluviales et maritimes. Au long de la lisière forestière, les villages marquent le passage d’un domaine à un autre.