Les milieux naturels de l’Entre-Deux-Mers

L’Entre-Deux-Mers est drainé par deux réseaux hydrographiques imbriqués, tributaires soit du bassin versant de la Garonne (Euille, Dropt, Pimpine…), soit du bassin versant de la Dordogne (Engranne, Gestas, Escouach…). Les vallées de ces cours d’eau entaillent un plateau qui culmine vers 120 m NGF, alors que les fonds des deux grandes vallées s’étagent entre 7 et 10 m NGF.

C’est donc un relief accentué qui caractérise l’Entre-Deux-Mers.Les divers horizons géologiques représentés sont aussi bien des dépôts carbonatés marins (calcaires à astéries, marnes à ostrea) que détritiques fluvio-lacustres (molasse de l’Agenais), lacustres (calcaire de Montbazillac, argiles et calcaire de Castillon) et alluviaux (les hautes terrasses graveleuses de la Dordogne et de la Garonne, et les alluvions argileuses actuelles des fonds de vallée).De nombreuses grottes et carrières en roche calcaire parsèment l’Entre deux mers. Certaines sont connues des préhistoriens pour avoir été occupées dès le paléolithique, comme dans la vallée de l’Engranne (grotte de Fontarnaud, abri Faustin…).

Par ailleurs, les carrières ont fourni, des siècles durant, les pierres pour la construction de nombreux édifices, notamment la flèche de l’église Saint Michel à Bordeaux (carrière de Rauzan) ou l’abbaye de la Sauve Majeure. A côté d’un vignoble qui est très largement prépondérant en termes d’occupation de l’espace, les grands types d’ensembles naturels qui caractérisent l’Entre-Deux-Mers sont des milieux humides associés aux petits cours d’eau et des milieux forestiers. Ces derniers occupent surtout les versants pentus, les fonds humides des vallées ou les croupes des collines. Ils représentent environ 20% de la superficie de ce territoire.

Les milieux forestiers

L’Entre-Deux-Mers est caractérisé par une couverture boisée très morcelée et des types d’habitats forestiers étonnamment diversifiés. C’est grâce à une topographie « tourmentée », qui fait apparaître la diversité d’affleurements géologiques, que se retrouvent juxtaposés des milieux forestiers d’affinité si différentes : méditerranéenne avec le chêne pubescent, atlantique avec la chênaie-charmaie, montagnarde avec le hêtre, et ce, à une échelle géographique très restreinte. - La présence du hêtre est une particularité de ce territoire. Il est présent à l’état relictuel, le plus souvent associé au chêne Rouvre ou Sessile, dans les situations les mieux protégées de versant de vallon boisé. Les stations signalées dans l’Entre-Deux-mers, comme dans le Bazadais ou la Vallée du Ciron, témoignent d’une ancienne extension « atlantique » de cette essence liée aux glaciations quaternaires, les régions girondines et charentaises, ayant pu constituer un refuge. C’est à ce titre qu’il figure dans l’étage montagnard de la carte de végétation (cf. carte de la végétation de la France N°56 - Bordeaux, CNRS - échelle 1/200 000). On trouve également en sous-bois plusieurs espèces floristiques caractéristiques de la hêtraie comme l’ail des ours (Allium ursinum), la laîche digitée (Carex digitata), la Scille lis-jacinthe (Scilla Lilio- Hyacinthus), le gaillet odorant ( Galium odoratum ) ou reine des bois

l'ail des ours (Allium ursinum)
crédits : Frank Vincentz - Wikipedia - Creative Commons - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr
la chênaie-charmaie
crédits : GEREA
la laîche digitée (Carex digitata)
crédits : GEREA
la Scille lis-jacinthe (Scilla Lilio- Hyacinthus)
crédits : Meneerke bloem - Wikipedia - Creative Commons - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5/deed.fr - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/deed.fr - http://creativecommons.org/licenses/by-
le gaillet odorant ou reine des bois (Galium odoratum)
crédits : J.F. Gaffard Jeffdelonge - Wikipedia - Creative Commons - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr
  • Le chêne pubescent reste très localisé et ne constitue pas de boisement à proprement parler. Cette essence occupe les stations les plus exposées au sud, à la faveur de sols rendziniformes, c’est-à-dire peu profonds correspondant souvent aux affleurements calcaires. Une flore d’affinité méditerranéenne s’y développe.
le laurier tin (Viburnum tinus)
crédits : Lumbar - Wikipedia - Creative Commons - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr
le nerprun alaterne (Rhamnus alaternus)
crédits : GEREA
le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea)
crédits : Jeffdelonge - Wikipedia - Creative Commons - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr
  • Lorsque les sols deviennent plus évolués (sols bruns) ou si l’exposition ne lui est plus favorable, le chêne pubescent laisse place aux chênes pédonculés ou sessiles et au charme. Ainsi les boisements les plus répandus dans l’Entre Deux Mers sont des chênaies-charmaies, le pin maritime étant quasiment absent. Nombre d’essences d’accompagnement constituent les sous-strates : l’érable champêtre, le noisetier, le tilleul à petites feuilles…
l'érable champêtre (Acer campestris) - Sous bois à fougères de la chênaie-charmaie
crédits : Willow - Wikipedia - Creative Commons - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5/deed.fr

L’entre Deux Mers

Les vallons des cours d‘eau, souvent encaissés en amont, s’élargissent dans leur secteur aval et accueillent de nombreux habitats humides, dont une bonne partie est constituée de prairies permanentes. A titre d’exemple, dans la vallée du Gestas et de ses principaux affluents, les prairies naturelles humides représentent encore 40% de la surface totale, et 48% sont occupés par des boisements humides (aulnaie-frênaie essentiellement). A l’exception de la vallée du Dropt, où les terres cultivées sont largement prépondérantes, les vallées de cours d’eau de l’Entre Deux Mers demeurent encore très préservées et les secteurs de prairies humides bien représentés. Ces habitats humides accueillent une flore (l’aristoloche à feuilles rondes, rare en Gironde) et une entomofaune (le damier de la Surcise, Euphrydryas aurinia) remarquables par leur diversité et, pour certaines espèces, par l’intérêt patrimonial qu’elles représentent (espèces d’intérêt communautaire, espèces protégées).

Prairies naturelles humides vallée du Gestas
crédits : GEREA
l'aristoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotundifolia)
crédits : GEREA
l'Orchis brûlé (Néotinea ustulata)
crédits : GEREA
le Damier de la succise (Euphrydryas aurinia)
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La cétoine
crédits : GEREA
le flambé (Iphiclides podalirius)
crédits : GEREA

Sur des superficies très retreintes, quelques pelouses sèches et landes calcicoles se développent sur les coteaux calcaires, accueillant notamment un cortège d’orchidées (cf les milieux naturels, du Blayais au Libournais). Riche en cavités rocheuses, l’Entre-Deux-Mers possède également des populations de chauves-souris importantes, dont beaucoup sont protégées. Enfin, comme dans les vignobles du Libournais, certaines stations de tulipes sauvages subsistent dans la partie orientale.