Les milieux naturels de la vallée de la Garonne

Les différents épisodes du quaternaire et les jeux de transgression-régression ont modelé le substrat de la vallée alluviale de la Garonne, remanié par les activités humaines. La vallée alluviale en rive droite est brusquement interrompue par les falaises calcaires, alors qu’en rive gauche, elle laisse place progressivement aux différentes terrasses d’alluvions anciennes qui forment les plateaux viticoles du Sauternais et des Graves.
Depuis l’antiquité, l’homme a su exploiter les sols fertiles d’alluvions sablo-argileuses et développer une agriculture florissante. Actuellement la maïsiculture et la vigne occupent les secteurs les plus élevés (ex. bourrelet alluvial) et les moins fréquemment inondables, laissant les secteurs les plus bas et les plus difficilement drainés à des boisements humides et à quelques secteurs de bocages humides résiduels situés dans la partie aval.
Aussi, les milieux qui ont gardé des caractéristiques naturelles occupent des surfaces réduites.

1. Les boisements alluviaux et les ripisylves de la Garonne et des petits affluents (Le Ciron, le Gât Mort, le Saucats et l’Eau Blanche)

Composée de chênes pédonculés, de frênes communs, de frênes oxyphylles, et d’ormes champêtres, cette formation arborée se développe dans le lit majeur inondable des grands fleuves ; elle souligne de façon plus ou moins discontinue le lit mineur de la Garonne.

ripisylve de la Garonne
crédits : GEREA

Aulnaie-frênaie et saulaie à saules blancs bordent les petits affluents à faible courant et forment des galeries linéaires étroites. Ces boisements laissent place à l’aulnaie marécageuse et aux saussaies marécageuses Salix acuminata, dans les secteurs les plus humides.

aulnaie frenaie marécageuse
crédits : GEREA
saussaie
crédits : GEREA

Ces formations boisées spontanées constituent de véritables corridors biologiques, notamment pour les quelques très rares mammifères inféodés aux milieux aquatiques que sont le vison d’Europe et la Loutre. Les vallées du Ciron, du Saucats et du Gât Mort assurent la connexion biologique entre le massif des Landes de Gascogne et la Garonne, permettant les déplacements de la faune sauvage et les échanges entre populations.

2. La vallée alluviale et les secteurs de bocage dans la partie aval

Le seul bocage humide qui subsiste dans la vallée de la Garonne est situé en rive gauche au débouché du Saucats et de l’Eau Blanche entre Beautiran et Villenave d’Ornon. Il est structuré par un maillage dense de fossés bordés de haies ou d’alignements d’arbres parfois taillés en têtards. La strate arborée est largement dominée par la présence des frênes (Fraxinus excelsior et Fraxinus angustifolia), associés au chêne pédonculé. La déprise agricole qui affecte ces secteurs se traduit par l’enfrichement des prairies par le frêne, qui forme alors des taillis denses.
Les prairies forment, selon le degré d’humidité du sol et l’état d’entretien par fauche ou pâturage, une mosaïque complexe d’habitats (roselière, mégaphorbiaie, cariçaie, jonçaie…) et abritent une flore et une faune riches. Ainsi, plus de 200 espèces végétales ont été inventoriées sur ce site, appartenant au réseau NATURA 2000.

bocage humide
crédits : GEREA
fossé et bordure boisée (frêne et chêne pédonculé)
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enfrichement de prairie humide par le frêne
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cariçaie
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prairie à orchidées à fleurs lâches
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Orchis à fleurs lâches
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Calta palustris (populage des marais)
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L'agrion de Mercure
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Le cuivré des marais
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3. Les coteaux calcaires de la rive droite

Les rebords calcaires de la vallée de la Garonne exposés au Sud et au Sud-Ouest offrent à la flore des situations originales pour la région, ayant permis l’implantation d’une végétation à affinité méditerranéenne. Avec la série du chêne pédonculé, typiquement atlantique, on y trouve la série du chêne pubescent et celle du chêne vert, toutes deux en limite ouest de leur aire de répartition.
De Quinsac à Sainte Croix du Mont, les coteaux, classés en ZNIEFF ZNIEFF Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique , abritent des milieux tout à fait originaux : parois rocheuses, pelouses et « friches » sèches juxtaposés à des milieux plus frais et humides autour de résurgences et de sources. De nombreuses espèces d’orchidées poussent sur ces pelouses, telle l’ophrys bécasse (Ophrys scolapax), dont le maintien est lié à l’entretien extensif des pelouses.

Ophrys scolapax
crédits : GEREA