3 - La forêt de pins
Un large pare-feu mis en culture, Le Porge
crédits : Agence Folléa-Gautier

Plus grand massif forestier d’Europe, planté presque d’une traite sur toute sa surface au milieu du XIXème siècle, la forêt mono-spécifique des landes girondines est un paysage totalement artificiel, fruit d’une volonté politique et économique. En effet, les marais qui occupaient l’ensemble de ces terres ont été assainis afin de pouvoir être valorisés par une production rentable ; le choix du pin maritime, espèce cohérente car déjà présente en grand nombre sur le littoral, permettait d’anticiper une valorisation par le gemmage et la vente du bois sous diverses formes. Cette exploitation a connu des périodes de grande rentabilité, mais aussi des crises brutales, à commencer par la série d’incendies dévastateurs de l’été 1949. Après ce premier traumatisme, la forêt est replantée, des systèmes de pare-feu sont mis en place.

Des boisements d'âges variés se côtoient, ici une parcelle tout juste replantée devant des pins âgés de quelques années, Audenge
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Les parcelles de pins adultes laissent passer le regard, Audenge
crédits : Agence Folléa-Gautier
Pistes forestières et réseaux hydrographiques offrent des opportunités de promenades dans la forêt, Audenge
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La piste cyclable facilite les déplacements non motorisés et permet un traitement intéressant des bords de route, Marcheprime
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Des zones humides parsèment les sous-bois, enrichissant paysages et écosystèmes, Lège-Cap-Ferret
crédits : Agence Folléa-Gautier

Aujourd’hui, cette vaste forêt couvre encore de façon très homogène tout l’ouest du département, mais elle offre cependant une certaine diversité de paysages. La gestion des parcelles en futaie régulière présente des peuplements de même âge, mais l’alternance de ces parcelles assure la variété : passant d’une plantation récente, basse et opaque, à un peuplement mâture, haut et transparent, l’œil ne perçoit pas les même paysages. La nature des sous-bois - plus ou moins humides, plus ou moins entretenus... - et le traitement des routes - bords enherbés, canaux latéraux, pistes forestières... - contribuent aussi : à différencier les ambiances. L’échelle de ce boisement et la faible occupation urbaine de ce territoire permettent aussi, malgré la gestion monospécifique, le développement de milieux plus fragiles ou précieux. La création dès 1970 du Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne souligne ces qualités paysagères et environnementales, qui méritent d’être préservées.

Les sous-bois regroupent différents cortèges floristiques, liés à la variété des situations hydrologiques des landes : dans cette région sableuse, l’abondance en eau dépend du niveau de la nappe phréatique, de la proximité des cours d’eau, de la profondeur de la couche d’alios alios grès ferrugineux typique des Landes de Gascogne, issu de la cimentation des sables ... Ces facteurs dessinent ici trois milieux spécifiques. Les landes humides, mal drainées et marquées tout au long de l’année par la présence de l’eau, sont caractérisées par la molinie bleue, très développée sur ces terrains. Les landes mésophiles, sèches en été mais suffisamment humides durant l’hiver, sont nettement dominées par la fougère aigle. Enfin, les landes sèches, situées principalement non loin des crastes et ruisseaux drainants, forment un habitat idéal pour la bruyère cendrée et la callune. Cette diversité de milieux, antérieure à la plantation des pinèdes, a été bouleversée par l’implantation de celle-ci : l’assainissement par drainage, la consommation en eau des pins, la couverture forestière, ont modifié les conditions. Le développement des cultures céréalières, accompagné d’irrigation et de nouvelles opérations de drainage, poursuit ces transformations, et les milieux tendent aujourd’hui à se simplifier et s’homogénéiser, au détriment des richesses floristiques héritées.

Les parcelles de maïsiculture forment des clairières immenses au sein de la forêt, Audenge
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les lisières des boisements ont été particulièrement atteintes par les tempêtes, Lège-Cap-Ferret
crédits : Agence Folléa-Gautier

Malgré son aspect monumental, cette forêt est fragile. Ecosystème artificiel, géré dans un objectif de production, elle n’offre plus autant de garanties de rentabilité que par le passé. Déjà, depuis les années 1960, de vastes clairières ont été plantées de maïs aux retombées financières plus immédiates, irrigué à outrance afin d’assurer la production. Plus récemment, la fragilité des pins face aux tempêtes (Lothar et Martin en 1999, Klaus en 2009) a compromis l’économie forestière à court terme et remis en cause la gestion de la forêt à long terme. Ainsi, les rotations des plantations sur cinquante ans apparaissent trop hasardeuses, et pourraient évoluer vers des cycles plus court. Les Landes de Gascogne vivent en ce moment une période charnière, et les enjeux impliquent de nombreux domaines, dont celui du paysage.