5 - Les paysages des énergies
EVOLUTIONS ORIENTATIONS

Les dynamiques d’évolution récente

5.1 - De grandes implantations énergétiques marquant le paysage : centrale de Blaye, centrale thermique et dépôts pétroliers d’Ambès, lignes à haute tension, lignes aériennes

Certains paysages girondins sont marqués par la présence d’équipements importants de transport ou de production d’énergies. Ces infrastructures connaissent encore aujourd’hui des évolutions : démantèlement de la centrale thermique d’Ambès, création de gazoducs... Avec les récentes tempêtes, les réseaux aériens du massif ont été endommagés de façon conséquente, et font aujourd’hui l’objet de nombreux chantiers d’enterrement, modifiant les paysages perçus, notamment depuis les routes.

Occupant toute la pointe du Bec, la zone industrielle d'Ambès participe de l'image du département en dessinant ici un paysage industriel particulier ; mais le site de la confluence, précieux pour la découverte et la compréhension des paysages girondins, reste inaccessible du fait de la privatisation du site et de la dangerosité de ces installations.
crédits : Agence Folléa-Gautier
Sur les terres très ouvertes du marais de Braud-et-Saint-Louis, les lignes à haute tension rayonnant autour de la centrale nucléaire du Blayais marquent fortement les paysages.
crédits : Agence Folléa-Gautier
La centrale thermique d'Ambès reste encore un point de repère majeur, mais le démantèlement de l'usine et des cheminées est en cours.
crédits : Agence Folléa-Gautier

5.2 - Un développement des énergies renouvelables autour du photovoltaïque remis en cause

Plusieurs facteurs font de la Gironde un territoire pressenti pour le développement de l’énergie photovoltaïque : à l’ensoleillement important sur le département (entre 1 275 et 1 300 kWh/m² par an en moyenne) s’ajoute en effet une certaine disponibilité de l’espace (notamment dans le massif des Landes girondines). Néanmoins, après une période porteuse pour les projets de parcs photovoltaïques, cette dynamique s’est ralentie en partie du à l’évolution à la baisse du tarif préférentiel de rachat de l’électricité (en 2011). Les évolutions légales récentes mettent en avant la nécessité de développer les études d’impact et les efforts d’inscription paysagère pour tout nouveau projet (prise en compte des co-visibilités, réversibilité des installations,...).

La question de l'intégration paysagére des Parcs photovoltaïque est à étudier finement afin de respecter les paysages girondins.
crédits : Agence Folléa-Gautier

5.3 - Un renforcement des petites installations énergétiques

A l’échelle des foyers, des productions domestiques d’énergies renouvelables commencent à voir le jour : installation de panneaux solaires (photovoltaïques ou thermiques), de chaudières à bois, ou de petites centrales hydroélectriques dans d’anciens moulins. Ces équipements permettent de réelles économies d’énergie, ainsi, la mise en place d’un système d’eau chaude solaire (ECS) peut assurer 50 à 70 % des besoins d’un foyer (en Gironde, 1 m² de capteur permet de produire en moyenne 40 l d’eau à 60°C). Ces sources sont également réparties sur le territoire, ce qui évite les pertes énergétiques liées au transport. Certains de ces équipements ont un impact - parfois négatif - sur le paysage qui les accueille, par exemple les panneaux solaires, le plus souvent implantés sur les toitures et donc très voyants. Le développement de ce type d’installations nécessite donc une prise en compte accrue des problématiques d’inscription au sein des paysages départementaux (caracaractéristiques architecturales,...) afin de mettre en œuvre des projets respectueux de l’image des territoires girondins.

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Les objectifs de qualité paysagère et les exemples

Orientation 5.1 - Encourager le développement des énergies renouvelables économes en espace et créatrices de paysages

Les principes d’actions s’appuient notamment sur deux ouvrages publiés par l’Association des Paysagistes-conseils de l’Etat (APCE) (www.paysagistes-conseils.org/) :

  • Optimisation qualitative du déploiement éolien dans le paysage français - Document d’aide et méthodologique réalisé par le groupe de travail “Paysage et énergie”- Octobre 2009
  • Les paysages de l’énergie solaire - positions et recommandations de l’APCE - Document d’aide et méthodologique réalisé par le groupe de travail “Paysage et énergie” - Décembre 2010

Les objectifs visés :

  • Promouvoir la production d’énergies renouvelables dans le respect des sensibilités paysagères et écologiques
  • Inscrire les installations énergétiques de façon harmonieuse et créative dans le paysage
  • Limiter la consommation d’espace par le développement des énergies
  • Inscrire les enjeux liés au paysage dans les documents d’orientations et études sur les énergies

Les principes à adopter :

Principes généraux :

  • Inscrire la réflexion sur la place des énergies renouvelables dans des approches paysagères globales, d’échelles régionale et départementale
  • Définir à la fois des espaces favorables à la présence et au développement des centrales éoliennes/photovoltaïques, et des espaces « de respiration » sans perception de ces centrales
  • Faire appel à des hommes de l’art (paysagistes) à toutes les échelles, côté maîtrise d’ouvrage et côté maîtrise d’œuvre
  • Subordonner l’installation de production d’énergie à une démarche de projet de paysage
  • Rechercher une cohérence spatiale à l’échelle du site (trame viaire, géométrie de l’espace, parcellaire apparent…) et anticiper les extensions urbaines à venir
  • Privilégier les implantations apportant une réelle plus-value paysagère notamment à certains espaces délaissés
  • Accompagner les centrales éoliennes/photovoltaïques par des mesures de valorisation du site (mesures agro-environnementales, qualification et gestion des limites, aménagement de l’accueil du public,...)
  • Provisionner, dès la conception des centrales éoliennes/photovoltaïques, les coûts de démantèlement, de recyclage et de remise en état du site pour éviter l’apparition de friches.
  • Favoriser la coordination de l’ensemble des acteurs des projets à l’échelle départementale (“guichet unique”)
  • Promouvoir les énergies marines (énergies houlomotrices, énergies thermiques ou éoliennes offshore…)
  • Développer une démarche pédagogique autour des paysages des énergies renouvelables
  • Promouvoir la production de biomasse (chaufferies bois), favorisant la valorisation locale des haies champêtres
Les haies représentent un réel potentiel énergétique à travers l'exploitation de la biomasse.
crédits : Agence Folléa-Gautier

Principes spécifiques au solaire :

A. Privilégier les installations sur les bâtiments dans un projet global de paysage

  • Appréhender le déploiement de panneaux solaires en toiture sur de très vastes surfaces (hangars agricoles, serres ou bâtiments d’activités) à l’échelle du paysage et non pas uniquement à l’échelle de l’objet architectural
  • Eviter les bâtiments qui ont pour seule ou première fonction la production d’énergie solaire (pseudo – bergeries/hangars/serres etc)
  • Prendre en compte l’ensemble des préoccupations urbaines et paysagères lors de la conception de nouveaux quartiers qui intègrent l’installation de panneaux solaires en toiture
  • Porter une attention particulière à l’installation de panneaux solaires en toiture dans un contexte patrimonial, qu’il soit protégé ou non

B. Déployer de manière mesurée des installations de centrales au sol et uniquement lorsqu’elles sont créatrices de nouveaux paysages

  • Eviter l’implantation sur les terrains dont les sols ont une valeur agricole, forestière ou écologique
  • Implanter en priorité ces centrales sur les sols stériles, pollués ou délaissés (terrains vagues, surfaces artificialisées polluées, décharges fermées, friches industrielles, stériles de mines, bases militaires désaffectées, abords d’infrastructures, zones arides ou désertiques non cultivables, …)
  • Réaliser des études prospectives du domaine foncier public pour d’éventuelles créations de centrales au sol sur les délaissés routiers, ferroviaires, militaires, etc
  • Valoriser les espaces libres au sein des centrales photovoltaïques : cultures intercalaires, apiculture, élevage ovin, pépinière, réserves de chasse, volières à ciel ouvert, création de biotopes spécifiques - mares, …-, … ; car les structures de panneaux au sein d’une centrale photovoltaïque occupent au maximum 1/3 de la surface
  • Soigner les limites d’emprises de la centrale, en recherchant, le cas échéant, la discrétion des clôtures et du végétal, adaptés au contexte

C. Planifier et gérer sur le long terme les paysages des centrales solaires

  • Elaborer des schémas photovoltaïques locaux, par exemple à l’échelle des pays, proposant une stratégie de répartition des sites de production, en cohérence avec des logiques paysagères et évitant ainsi le mitage des paysages
  • Évaluer le risque d’un éventuel changement de vocation des terrains que l’installation peut induire à terme (par exemple une extension de l’urbanisation à partir des terrains occupés par une centrale photovoltaïque)

Principes spécifiques à l’éolien :

  • Définir à l’échelle régionale/départementale, à partir de critères paysagers (compatibilité/visibilité), techniques (potentiel de vent / raccordement au réseau), environnementaux (protection des espèces et notamment de l’avifaune et des chiroptères) et politiques (volonté de la population de développer ce type d’énergie) :
    • d’un côté des “paysages éoliens”,
    • et de l’autre, des “vides éoliens”, espaces de “respiration” depuis lesquels on n’apercevrait pas d’éoliennes.
  • Assurer un équilibre et une harmonie visuels en accord avec les grandes lignes du paysage : reliefs, structures végétales, infrastructures, …
  • Limiter le parc aux seules éoliennes, en réduisant au mieuxà les traces induites : enfouissement des lignes électriques d’évacuation de la production, limitation des structures d’accompagnement (bâtiments annexes, transformateurs, pylônes de mesures, …), absence de clôtures, réduction optimale des chemins d’accès, gestion du chantier et de l’après-chantier.

Photovoltaïque et apiculture, une synergie possible

Sur le territoire de la communauté de communes de Maure de Bretagne, un parc photovoltaïque est en cours de développement sur un terrain affecté actuellement au domaine agricole. La principale question que se sont posé les acteurs du projet est de comment faire en sorte que le parc photovoltaïque, qui grèvera a priori des terres actuellement affectées à l’Agriculture, permette au bout du compte de concilier production d’énergies renouvelables, défense de l’agriculture, aide à l’économie locale, et financement d’une politique sociale ? Une des pistes proposées et souhaitées est de saisir l’opportunité de la réalisation de ces parcs pour contribuer à la défense d’un secteur en difficulté qui est l’apiculture, et de favoriser le processus de pollinisation, dont on sait la valeur économique inestimable. Cette idée a été inspirée du rapport du député Martial Saddier "Pour une filière apicole durable", remis à Michel Barnier en octobre 2008.

José Mercier, maire de Bovel et la société Quénéa Energies Renouvelables, porteur du projet, ont imposés dès le départ du projet, de concevoir dans les études préalables les modalités techniques d’implantation des panneaux et l’espacement nécessaire entre les files permettant le passage d’un engin agricole adapté, afin d’assurer la possibilité de semer des plantes mellifères, productrices soit de nectar soit de pollen. L’objectif affiché est de mettre en place une réflexion et des dispositions concrètes pour une production d’énergie renouvelables en adéquation avec les défis actuels de l’agriculture et de la biodiversité. Des ruches seraient positionnées aux abords du parc. La production de miel, gérée par un apiculteur local, serait commercialisée dans un circuit court. Le miel pourrait être certifié comme miel issu de l’agriculture biologique. Une réflexion sur la production de gelée royale ou d’autres produits à usage thérapeutique, est à étudier en complément. On considère qu’une trentaine de ruches peuvent être accueillies sur une dizaine d’hectares, produisant entre 15 et 25 kg de miel chacune.

Des parcelles environnantes au terrain occupé par le parc photovoltaïque seraient plantées pour les abeilles. Il est prévu de mettre en place une observation du comportement des abeilles dans leur rapport avec l’installation photovoltaïque et avec les diverses espèces de fleurs plantées sur le parc et aux abords.

Orientation 5.2 - Poursuivre l’enterrement des réseaux aériens

Les objectifs visés :

  • Valoriser les paysages urbains par la suppression des réseaux aériens
  • Garantir l’alimentation en électricité lors des tempêtes

Les principes à adopter :

  • Enterrer les réseaux aériens ou les faire passer en façades, selon les situations
Les réseaux aériens encombrent le ciel de Lormont
crédits : Agence Folléa-Gautier
Paysage dégagé par la disparition des réseaux (photomontage)
crédits : Agence Folléa-Gautier