3 - Les sols et les variations des paysages

La nature du substrat est à l’origine de l’occupation des sols, notamment en ce qui concerne la couverture forestière. La carte montre la forêt de pins maritimes largement dominante à l’ouest de la diagonale.
Elle ne cède la place définitivement qu’à proximité du fameux axe Garonne-Gironde, lorsque la nature des sols se complexifie, s’enrichit et autorise d’autres cultures (Médoc, Graves et Bazadais), ou lorsque l’urbanisation la grignote (Bordeaux). On retrouve bien sûr le pin au Nord-Est du département, dans cette poche de sable de la Double et du Landais.
Inversement la vigne est essentiellement présente à l’Est de la diagonale et ses débordements à l’Ouest restent toujours étroitement liés à l’axe des fleuves où se cristallise cette diagonale pédologique.

Outre la nature physico-chimique des sols, c’est leur capacité à drainer l’eau ou au contraire à la retenir qui contribue à différencier les paysages du département. La géographie de la vigne est ainsi largement inféodée à cette capacité filtrante des sols beaucoup plus encore qu’à leur nature chimique. On l’a vu en évoquant les graves bien drainantes de la rive gauche de la Gironde et de la Garonne, qui cristallisent les meilleurs vins et, partant, les paysages viticoles les plus soignés et les plus dessinés, ponctués en outre par les "châteaux" de chaque propriété.

C’est ainsi pour une part les sols qui sont à l’origine de la différenciation des entités paysagères du Médoc :

  • entre le Médoc de Margaux et celui de Pauillac, où, de l’un à l’autre, se rétrécit nettement la largeur des sols hydromorphes qui séparent les croupes graveleuses de l’eau, autrement dit la vigne de l’eau ;
  • entre le Médoc de Pauillac et celui de Saint-Christoly, où la proportion d’argile dans les graves augmente nettement et relâche la densité d’occupation par la vigne au profit de prairies humides en alternance ;
  • entre le Médoc de Saint-Christoly et le Médoc des mattes mattes terres basses artificielles, gagnées sur les eaux par la construction de digues , où les graves ont disparu pour céder la place aux sols hydromorphes de polders protégés de l’estuaire par les digues.

Le Bazadais est encore différent du massif Landais, pas seulement par la morphologie mais aussi par les sols, qui passent des podzols secs aux sables lessivés type Marsan, plus favorable à la prairie, ou, drainés, à la polyculture, mêlées à la forêt.

Au nord, les sols lessivés de l’arrière-pays de Blaye, de Bourg, de Saint-André-de-Cubzac et de Fronsac, dessinent une grande entité de paysage en retrait des coteaux des bords de l’eau, (où le calcaire de la roche mère reste davantage présent et favorise la vigne), paysage plat où la vigne cède de plus en plus la place à quelques cultures et surtout aux prairies et à la forêt au fur-et-à mesure que l’on s’éloigne de l’eau et que s’épaissit la couche de sables mal drainés par la présence d’argile en sous-jacence.

Le passage aux sables de la Double favorise la présence des pins qui coiffent en masse boisée la limite nord du département.

L'horizon sombre des pinèdes surplombe les collines, Puynormand
crédits : Agence Folléa-Gautier
Les pins deviennent majoritaires sur ces substrats sableux, Saint-Christophe-de-Double
crédits : Agence Folléa-Gautier

La pédologie joue un rôle moins évident dans la distinction des paysages de l’Entre-deux-Mers. Seul l’Entre-Deux-Mers de Créon et les collines sud de l’Entre-Deux-Mers y trouvent l’origine de leur différenciation d’avec les Entre-deux-Mers plus à l’Est (Entre-Deux-Mers nord et Entre-Deux-Mers de Sauveterre). Le premier se développe entièrement sur des sols lessivés, où se mêlent argiles et sables, développant des cultures moins favorables à la vigne qui laisse les boisements forestiers encore bien présents sur les plateaux (ce que montre la carte des peuplements forestiers), tandis que les autres épanouissent plus largement la vigne mêlée à la polyculture, sur des sols mollassiques ou "boulbènes".

Enfin les sols s’ajoutent à la morphologie pour différencier les paysages de Pomerol des paysages de Saint-Emilion, de Montagne et de Puisseguin. Les premiers, établis sur les anciennes terrasses de l’Isle, développent presque exclusivement le vignoble jusqu’à réduire l’emprise des parcs d’accompagnement des châteaux à de simples allées d’accès élargies, tandis que les seconds, sur des sols argilo-calcaires variés, laissent s’épanouir la vigne en y mêlant soigneusement, dans les fonds des vallons notamment, quelques prairies humides et cultures, dessinant sur l’ensemble un vaste jardin : une campagne-parc.

Dans le Pomerol, monoculture viticole à perte de vue, Lalande-de-Pomerol
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Sur le plateau viticole, les frondaisons sombres dépassent des vallons, révélant leur occupation différente, Saint-Philippe-d'Aiguille
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Boisements et pâtures dans les vallons apportent une variété bienvenue dans les paysages viticoles du plateau de Saint-Emilion, Gardegan-et-Tourtirac
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