2 - Les transformations humaines
du territoire
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Avec l’essor des peuplements humains se développent les premières formes d’agriculture et d’élevage (vers -5000, dans la partie nord du Médoc) et donc les premières interventions humaines sur le territoire. L’incidence de ces activités sur le paysage va progressivement prendre de l’ampleur : régression puis quasi-disparition de la chênaie de l’Entre-Deux-Mers due à l’intensification du pastoralisme (vers -1500) ; débuts de la viticulture suite à l’introduction du plan Biturica - adapté aux conditions pédologiques et climatiques locales - par les romains (au milieu du premier siècle après J.C.) ; implantation des villas et créations des domaines agricoles dans l’est du département... Le Moyen-Âge voit ces transformations s’accélérer : l’accroissement important de la population entraîne la multiplication des défrichements et l’élargissement continu des terrains cultivés ; l’amélioration des techniques permet d’implanter la vigne sur des terres auparavant inadaptées, comme les palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées ...

Dans le même temps, et dès le début du Moyen-Âge, les landes marécageuses sont occupées par une population, réduite et dispersée, de bergers vivant en autarcie. Au sein de ces terres incultes, ils mettent en place un système agropastoral complexe pour assurer leur subsistance : l’élevage des moutons apporte le fumier nécessaire à la fertilisation des quelques terres cultivées. Les familles se regroupent autour de bosquets boisés, sur des terres proches des cours d’eau : ces quelques arbres sont alors des refuges dans les landes rases qui s’étendent à perte de vue, et la proximité d’une eau courante permet de disposer de sols mieux drainés. Ces bergers, entrés dans l’imagerie populaire juchés sur leurs échasses, sont longtemps restés les seuls habitants de ces terres inhospitalières.

Le développement de l’agriculture et des techniques ne suffisent pas à expliquer toutes les évolutions du paysage, les interventions humaines vont souvent au-delà. Ainsi, pendant la période des invasions (jusqu’au Vème siècle), les attaques nombreuses détruisent la forêt des landes, laissant le cordon dunaire littoral sans protection. Plus tard, sous la domination des anglais, des relations commerciales privilégiées s’établissent avec l’occupant : c’est à cette époque que le vignoble girondin se constitue. Pour faire face à la demande anglaise, les vignes s’étendent et les techniques s’améliorent, les terres de graves sont exploitées à leur tour... Le territoire s’organise de plus en plus autour de la production viticole.
9-043 - Le creusement de nombreux canaux a permis la mise en culture des marais de Braud-et-Saint-Louis, Saint-Ciers-sur-Gironde

Les transformations du paysage prennent de plus en plus d’ampleur : à partir du XVIIème siècle, le pouvoir monarchique initie des projets radicaux. Sur les berges de l’estuaire, les marais sont asséchés, quadrillés de canaux et de digues par des ingénieurs hollandais afin de pouvoir être exploités (entre 1628 et le milieu du XVIIIème siècle). Divers projets sont lancés dans les landes au cours du XVIIIème siècle, afin de valoriser ces terres pauvres : salines, plantations... Bien qu’ils aient souvent échoué, ils ont permis d’amorcer une dynamique sur ce territoire : en 1786, le projet de fixation des dunes (mouvantes depuis la disparition de la forêt) est amorcé par Brémontier. Ces grands travaux, achevés en 1876, ont permis l’assainissement et la mise en culture des landes (par la loi de 1857), transformation radicale du paysage sur presque la moitié du département : la grande forêt de pins des Landes est née.

Parallèlement à ces travaux, le développement du vignoble s’est poursuivi : les grands propriétaires étendent leurs domaines aux meilleurs terroirs, les exploitations dans le Médoc se multiplient, ainsi que les vignes de palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées dans les vallées. Mais deux graves crises s’abattent sur ce secteur : l’oïdium dès 1851 et le phylloxéra à partir de 1865. Les vignes ne résistent pas à cet insecte américain et la production s’effondre. La pignada, au contraire, est à son apogée : les pins sont exploités pour leur résine (récolte par gemmage pour les besoins de l’industrie) et leur bois (traverses de chemin de fer ou étais pour tunnels miniers principalement), assurant une activité florissante. Tandis que le vignoble est reconstitué grâce à des porte-greffes résistants au parasite, la forêt, elle, brûle au milieu du XXème siècle. Tout comme les vignes, elle sera replantée - de manière rationnelle et en tenant compte des risques d’incendie - mais sans le même succès qu’auparavant : le gemmage disparaît progressivement et, à partir des années 1960, de vastes parcelles de cultures de maïs remplacent les pins dans de larges clairières.