1 - Ecosystèmes et paysages /
cartographie des zones naturelles

les notions de milieu naturel, de naturalité, de dynamique biologique, comme facteur de transformation permanente des écosystèmes

En Europe, il est toujours délicat de séparer l’approche des grands paysages de celle des écosystèmes : les uns et les autres ne sont-ils pas la résultante d’un « capital » de ressources naturelles (l’eau, la géologie du territoire, la pédologie…) et du travail des hommes qui ont su à un moment de leur histoire, en tirer parti ?

La notion de milieu « naturel », qui renvoie à une nature « vierge » demeurée intacte de l’action de l’homme, n’existe (quasiment) pas sur nos territoires. On parlera de « naturalité » d’un milieu pour traduire le degré d’intervention de l’homme. Ainsi les grandes zones humides que sont les palus palus terres marécageuses asséchées par drainage et cultivées en bordure de la Gironde, fonctionnant comme des polders, ne sont-ils pas d’imposantes constructions des Hollandais et l’un des plus riches écosystèmes de la façade atlantique ?

A la différence d’autres espaces cultivés, le fonctionnement des cycles géophysiques, notamment celui de l’eau, et les processus biologiques (transformation du carbone et biomasse) ont été préservés. Si bien que l’effacement des digues et des ouvrages de maîtrise hydraulique, envisagé sur certains secteurs comme réponse possible à la montée des niveaux de l’océan, aboutirait à une reprise des dynamiques végétales spontanées et à une « renaturation » de ces milieux estuariens.

La pinède atlantique, peuplement mono-spécifique de pin maritime pour la production de bois
crédits : GEREA
Le sous-bois de la chênaie atlantique à fougère aigle
crédits : GEREA
  • la notion de patrimoine : milieux et espèces remarquables, ordinaires et biodiversité

En tant que région biogéographique, le bassin aquitain (et la Gironde en particulier), marqué par des influences maritimes, atlantiques, continentales, subméditerranéennes, offre une grande variété de milieux et d’habitat naturels et abrite une importante biodiversité animale et végétale. Celle-ci est étroitement liée à leur organisation dans l’espace et à des facteurs comme la superficie des « réservoirs » biologiques, les connexions qui s’établissent entre eux, ou l’état de conservation…
L’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) organisé autour des ZNIEFF1 à l’échelle régionale, et qui en constitue l’outil d’évaluation, permet d’affirmer que la région Aquitaine est l’une des régions françaises les plus riches. La Gironde se distingue plus particulièrement par sa richesse en avifaune, grâce notamment à la présence des grandes zones humides du littoral.

La drosolis (Drosera intermedia), plante des tourbières acides et des lagunes des landes de Gascogne – espèce protégée
crédits : GEREA
L'épipactis des marais (Epipactis palustris), petite orchidée qui pousse dans les zones humides, est une espèce très menacée – espèce protégée
crédits : GEREA
La fritillaire pintade (Fritilaria meleagris), pousse dans les prairies humides des plaines alluviales (bocage humide de Cadaujac)
crédits : GEREA

Si la conservation de ce patrimoine remarquable constitue l’enjeu prioritaire, la faune, la flore et les habitats naturels dits « ordinaires » représentent des enjeux non moins importants. Ces habitats (forêt, zones de cultures extensives, bocage humide vignobles, franges boisées périurbaines…) remplissent des fonctions stratégiques de « tampon », de préservation et de régulation, vis-à-vis des grands réservoirs biologiques. Ils occupent surtout la plus grande partie du territoire girondin et participent aussi à l’interconnexion de ces réservoirs biologiques que sont l’estuaire, le plateau continental océanique, et plus au sud, le massif pyrénéen.

Carte des Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) + -
PDF - 10 Mo
Carte des Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique
(source : IGN scan 100 - DREAL Aquitaine – Atlas des Paysages de la Gironde)
2 - Les contrastes révélés par les grands systèmes écologiques

Par son histoire géologique, le territoire girondin a été façonné par la Garonne. Elle marque la limite entre les deux grands ensembles biogéographiques que sont :

  • à l’ouest et au sud, le plateau forestier des landes de Gascogne d’apparence homogène, et ourlé par le littoral océanique,
  • à l’est et au nord de cette ligne, des territoires vallonnés présentant une plus grande diversité physique (relief, exposition, pédologie…) et où s’exprime une mosaïque de milieux.

Sur lignages écologiques et témoignages de l’histoire des grands courants floristiques de la région

Cette ligne de partage est soulignée par la présence de coteaux calcaires, constituant parfois de véritables falaises et « corniches » (Bourg sur Gironde, dans l’agglomération bordelaise de Lormont à Floirac..) exposés au sud-ouest. Ce substrat thermophile et l’ensoleillement ont permis le développement d’un cortège floristique subméditerranéen avec notamment le chêne vert.

Cette flore s’exprime également sur la frange littorale de quelques kilomètres d’épaisseur, profitant d’un substrat très drainant qu’est le sable des dunes « modernes » et du faible nombre de jours de gel. L’arbousier et le chêne vert règnent en maîtres, en sous-étage de la pinède dunaire.

Formation végétale subméditerranéenne à cyste (Cystus salvifolius), de la lande sèche et de pinède sur formation dunaire (Pilat)
crédits : GEREA
3 - Sur lignages écologiques et témoignages de l’histoire des grands courants floristiques de la région

Cette ligne de partage est soulignée par la présence de coteaux calcaires, constituant parfois de véritables falaises et « corniches » (Bourg sur Gironde, dans l’agglomération bordelaise de Lormont à Floirac..) exposés au sud-ouest. Ce substrat thermophile et l’ensoleillement ont permis le développement d’un cortège floristique subméditerranéen avec notamment le chêne vert.

Cette flore s’exprime également sur la frange littorale de quelques kilomètres d’épaisseur, profitant d’un substrat très drainant qu’est le sable des dunes « modernes » et du faible nombre de jours de gel. L’arbousier et le chêne vert règnent en maîtres, en sous-étage de la pinède dunaire.

3 - Les milieux littoraux
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Résultat d’une histoire géologique récente et mouvementée et de l’intervention encore plus récente de l’homme, le cordon dunaire s’étend de la pointe de Grave en Gironde jusqu’à l’embouchure de l’Adour dans le sud des Landes.

Les écosystèmes dunaires abritent une végétation organisée en bandes parallèles, finement adaptées à l’évolution rapide des conditions du milieu. Ce milieu « limite », aux fortes contraintes naturelles, est le refuge d’un endémisme important.

Avec les marais d’arrière dune et les grands étangs bloqués derrière ce barrage de sable, c’est un ensemble écologique majeur, d’intérêt européen pour ses fonctions d’accueil de l’avifaune migratrice ouest européenne.

4 - L’eau fondatrice de la biodiversité
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L’eau fondatrice de la biodiversité et de la très grande majorité des milieux remarquables (ZH) – Connexions et corridors écologiques (trames vertes et bleues)

Pays de l’eau, l’Aquitaine et plus encore la Gironde, territoire atlantique, renferment une diversité impressionnante de milieux humides et aquatiques : plus de 80% des milieux girondins remarquables sur le plan patrimonial sont des milieux humides.

Le système fluvio-estuarien de la Gironde est le plus vaste estuaire macrotidal européen, avec une superficie de 625 km2. Il constitue également une des richesses écologiques exceptionnelles : avec plus de 75 espèces de poissons recensées (ECOBAG, 2006), cet estuaire est le seul hydro système accueillant tout le cortège des poissons migrateurs (amphihalins) européens.

L’eau a façonné des habitats aquatiques et humides aussi différents que :

  • L’eau libre et courante des cours d’eau (l’Eyre, le Ciron, la Dronne…) et l’impressionnant chevelu hydrographique qui parcourent le territoire girondin, accompagné de ripisylves d’aulnes, de frênes et de saules ;
  • L’eau dormante des grands étangs arrière-littoraux du Médoc, qui constituent une continuité écologique sur près d’une centaine de kilomètres et met en relation l’estuaire et le bassin d’Arcachon ;
  • L’eau sous-jacente et affleurant dans les landes humides de Gascogne, par endroit émergente dans les lagunes, suintante dans les micro-tourbières de la Double Girondine, autant de milieux relictuels dans lesquels se retrouve un cortège d’espèces végétales et animales rares, et bien spécifiques ;
5 - La mosaïque de milieux de l’Entre-Deux-Mers
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La différenciation des sols par la nature des substrats géologiques en place (argiles, sables, colluvions, calcaire, molasse…), l’exposition, et le relief parfois très accentué comme au niveau des petites vallées de la Pimpine, du Gestas, ou de l’Engranne par exemple, ont créé des conditions disparates et engendré la formation de milieux juxtaposés. D’un fond de vallée aux coteaux ensoleillés, on rencontrera la chênaie-charmaie, des faciès à châtaignier, des frênaies et aulnaies. La présence relictuelle de hêtres et surtout du cortège floristique typique de la hêtraie et que l’on trouve en étage montagnard, constitue un particularisme de cette région et révèle un méso-climat méso-climat climat d’une région naturelle d’étendue limitée et circonscrite à des caractéristiques topographiques, géologiques, pédologiques spécifiques (ex. vallée, baie, versant d’exposition différente en montagne…) ; se situe entre le macroclimat qui touche une large étendue, souvent régionale, et le microclimat qui décrit des différences climatiques liées à une échelle géographique très restreinte (ex. pour le vignoble, l’échelle de la parcelle) plus frais.

L’agriculture très présente sous forme de polyculture contribue aussi à cet effet « mosaïque » de milieux à plus ou moins forte « naturalité », entre vignoble, prairies humides fauchées, peupleraies de production et boisements de pentes…

6 - Vignoble et biodiversité
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La diversité des terroirs viticoles est intimement mêlée aux mêmes facteurs et conditions de sols, d’exposition, de présence d’eau… Il constitue le grand patrimoine paysager emblématique de la Gironde.

Par son étendue, il est prédominant sur le plan paysager, jusqu’à être « omnipotent » dans les terroirs les plus prestigieux (Haut Médoc, Pomerol et Lalande de Pomerol) ne laissant plus d’espace pour des milieux moins cultivés. Sur ces vignobles, la conduite de la vigne en fait une culture sans grand intérêt écologique et même ayant des incidences environnementales négatives (érosion des sols, drainage, traitements phytosanitaires, désherbage chimique…). Les quelques tulipes sauvages encore visibles au printemps entre les rangs de vigne le sont dans les petits vignobles, soumis à une conduite plus extensive, ou sur les quelques vignobles bénéficiant de pratiques raisonnées.

7 - L’impact des changements climatiques sur l’évolution des écosystèmes

Au cours des cent dernières années (1906-2005), la température moyenne à la surface de la Terre, a augmenté d’environ 0,74°C. En France, au cours du siècle dernier, elle a augmenté d’environ 0,1°C par décennie. Cette modification globale du climat s’est aussi traduite par des précipitations en diminution l’été et en augmentation en période hivernale. Enfin, ce réchauffement qui s’est accentué sur la période 1973-2003, avec un rythme de 0.6°C par décennie, est plus marqué dans le sud-ouest de la France que dans le nord.

Les modifications climatiques, puissants facteurs d’évolution des écosystèmes

Que les espèces végétales et animales soient influencées dans leur distribution, leur physiologie et leur écologie, par les facteurs climatiques (température, vent, précipitations, période de gel…), n’est pas une découverte récente pour les biologistes. Mais l’ampleur des modifications climatiques mises en évidence dans les dernières décennies, en fait des facteurs très importants d’évolution des écosystèmes.
Parmi la diversité des réponses des organismes vivants que l’on observe, on relève notamment des changements d’aire de distribution, des changements démographiques (effectifs), des changements de phénologie phénologie étude des variations des phénomènes périodiques de la vie végétale et animale tels que le départ en migration des oiseaux ou la floraison des plantes (dans les cycles saisonniers de migration par exemple) ou des réponses d’adaptation fines plus difficilement appréhendables, qui peuvent influer sur le mécanisme de sélection naturelle des espèces.

Si l’on dispose d’observations à l’échelle des espèces, on n’a en revanche que très peu de connaissance et de recul sur l’évolution des écosystèmes. Les analyses d’anticipation réalisées à partir de scénarios de changements climatiques demeurent limitées par les incertitudes inhérentes à la modélisation et à la faiblesse des connaissances scientifiques sur la réponse des espèces au changement climatique. Elles permettent néanmoins d’envisager les grandes tendances des futurs paysages en Europe.

Ainsi, une analyse récente sur plus de 1350 espèces végétales en Europe a permis de montrer que la moitié des espèces étudiées pourrait perdre près de 50% de leur aire de distribution actuelle. Les espèces à tendance tempérée (hêtre, pin sylvestre, chêne sessile…) pourraient perdre une quantité substantielle de leur aire de distribution dans les zones en limites sud. En revanche, les essences de types méditerranéens pourraient étendre leur distribution vers le nord.

Ainsi à longs termes, on s’attend à une modification sensible des peuplements forestiers, marquée en Aquitaine par la progression de la série méditerranéenne du chêne vert, au dépend de la série sud atlantique (pin maritime). Associé au réchauffement hivernal, l’augmentation de la teneur atmosphérique en CO2, explique en partie l’accroissement en productivité (volume d’arbres) des boisements observé au cours du XXème siècle.

Cartes de modélisation des aires de répartition des espèces arborées mettant en évidence, dans le sud ouest, la forte progression des essences méditerranéennes (série du chêne vert)
crédits : Revue « Espaces naturels » n°15, p.14 –juillet 2006

Les changements phénologiques constituent la meilleure évidence d’un impact des changements climatiques sur les espèces. Ainsi, les oiseaux migrateurs sont d’excellents indicateurs car réagissant très vite à des modifications des écosystèmes dans lesquels ils se nourrissent et se reproduisent. En Aquitaine, et en Gironde plus spécifiquement, on observe par exemple la présence permanente du héron garde-bœuf dans les prairies girondines alors qu’il était, il y a encore une décennie, une espèce « visiteuse », passant une grande partie de son cycle en Afrique. On peut faire ces mêmes observations avec la petite aigrette dont le temps de présence et les effectifs sont en forte augmentation.

Dans l’écosystème marin et littoral, nombreuses sont les espèces dont l’aire de répartition est initialement tropicale ou sub-tropicale, et qui pénètrent et se développent dans les eaux du Golfe de Gascogne et de l’estuaire de la Gironde

Les écosystèmes littoraux, interface entre écosystèmes marins et terrestres, seront les premiers à subir des modifications radicales

Le réchauffement climatique des couches basses de l’atmosphère devrait avoir des répercussions sur l’évolution des côtes. En effet, il provoquera une élévation du niveau moyen de la mer et certains modèles prévoient une augmentation de la force et de la fréquence des tempêtes, ce qui semble se confirmer en ce début de XXIème siècle. On peut donc s’attendre à une accélération de l’érosion des plages mais aussi à une extension des submersions temporaires ou permanentes des milieux les plus bas. Ces données interrogent les gestionnaires de sites côtiers vulnérables à cette nouvelle conjoncture, notamment dans les polders aux digues fragiles. Le cas des mattes mattes terres basses artificielles, gagnées sur les eaux par la construction de digues en bordures de Gironde est concerné par des choix stratégiques : renforcer les digues et maintenir les agro-systèmes qu’elles protègent, ou les « effacer » et dans ce cas, une transformation importante des écosystèmes s’opèrera, avec une progression des milieux humides saumâtres.

Portes à flots assurant la communication entre le palus et l'estuaire et permettant la maîtrise des niveaux d'eau dans le marais (palus du Nord Médoc)
crédits : Agence Folléa-Gautier
L'estuaire de la Gironde et ses rivages défendus par des digues
crédits : Agence Folléa-Gautier