1 - Des reliefs peu marqués,
organisés par l’axe Garonne-Gironde / cartographie

La morphologie est le premier critère de différenciation des paysages. Elle conditionne non seulement les sols et l’occupation des sols, mais aussi le regard que l’on porte dessus, en ouvrant les vues ou au contraire en les masquant. En outre, elle reste l’élément le plus stable à échelle de temps humaine.

L’apparition de la faille de Garonne, événement majeur de la constitution des paysages du département, a largement organisé ce territoire autour d’une diagonale nord-ouest / sud-est. Cette structure principale se lit encore très clairement aujourd’hui dans les reliefs girondins, qui déterminent deux vastes entités séparées par cet axe Garonne-Gironde. À l’est de cette ligne apparaissent des reliefs (calcaires) qui prolongent ceux du Massif Central, tandis qu’à l’Ouest s’étend sur le département une partie de l’immense nappe sableuse du triangle des Landes, quasi horizontale. Les roches girondines, peu résistantes, n’ont pas laissé de lignes de relief très marquées. Deux modelés de terrains marquent cependant fortement ces paysages : les coteaux et les dunes.

Cartographie des reliefs + -
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Carte des reliefs
(source : IGN BD Alti - BD Topo - BD Carthage)
2 - Les paysages collinéens
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Les socles les plus anciens, qu’il s’agisse des calcaires de l’Entre-Deux-Mers (Oligocène et Miocène, -10 à -37 millions d’années) ou des argiles, sables et graviers des terres du nord (Eocène, -37 à -55 millions d’années), ont longtemps offert leur surface aux attaques du vent et de l’eau. Aujourd’hui s’étendent ici des reliefs de collines arrondies, aux vallons plus ou moins profonds, résultats de cette lente érosion sur des roches malléables. La variété des pentes, de leurs expositions et des substrats qui les recouvrent offre, dans toute la moitié nord-est du département, une mosaïque complexe support de multiples usages agricoles. C’est donc à l’est de l’axe Garonne-Gironde que se trouvent les paysages les plus variés, autant par la configuration de leurs reliefs (collines plus ou moins arrondies, plateaux découpés de vallons, vallées plus ou moins larges, coteaux raides ou douces plaines...) que par l’occupation humaine du territoire.

3 - Les paysages de coteaux
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Les reliefs stratégiques du département pour les paysages (ceux pour lesquels existent des enjeux d’évolution à maîtriser importants), se cristallisent le long de l’axe Garonne-Gironde, sous forme d’un long ruban de coteaux calcaires courant sur la rive est. Ils ouvrent des vues en balcon sur les fleuves et, au-delà, sur les immensités sableuses des Landes. Inversement, ils s’offrent à voir aisément depuis la rive opposée du fait des dégagements importants qu’autorise la surface horizontale des eaux du fleuve. À ces coteaux de l’axe s’ajoutent ceux de la rive droite de la Dordogne, de Bourg à Fronsac et de Saint-Emilion à Castillon-la-Bataille, et ceux de sa rive gauche qui matérialisent la bordure Nord de l’Entre-Deux-Mers. Tous ces coteaux se déclinent dans leur aspect tout au long de leur déroulement et contribuent à différencier les entités de paysages du département qui y sont liées. À Fronsac, le retournement du coteau de Dordogne sur l’intérieur le long de l’Isle délimite une butte, le Tertre de Fronsac, un des rares points singuliers du relief girondin qui, comme les lignes des coteaux, ouvre des vues immenses tout en s’offrant en repère visuel depuis tous les environs.

4 - Les paysages du plateau landais
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La planéité extrême de ces étendues et l’occupation quasi-exclusive en monoculture de pins peuvent facilement faire imaginer des paysages très fermés et d’une monotonie excessive, mais la réalité n’est pas aussi simple. La gestion forestière, par parcelles d’âge homogène et coupes à blanc régulières, génère de nombreuses ouvertures qui laissent parfois percevoir une fraction de l’infinie étendue des Landes girondines. Par-delà les vastes clairières de maïsiculture, les lisières sombres très éloignées aident aussi à percevoir cette vastitude. Loin de circuler dans un couloir forestier opaque, l’automobiliste qui parcourt ces bois peut donc clairement percevoir cette horizontalité parfaite si caractéristique des Landes, et ainsi, observer avec l’attention qu’ils méritent les éléments micro-topographiques qui viennent rompre ce plateau.

Longeant ou croisant la route, les fossés, jalles et crastes qui parcourent ces terres, canaux de drainage creusés de main d’homme, font partie des composants discrets mais essentiels de ces paysages. Absolument insignifiants si l’on considère la morphologie de l’ensemble du département, ils sont néanmoins indispensables à l’exploitation forestière de ces terres et peuvent localement offrir des milieux plus riches. Rarement perceptibles depuis la route, les nombreuses lagunes qui parsèment les sous-bois sont aussi des éléments très ponctuels - et d’une échelle ridiculement petite comparée à celle de la forêt - mais offrent des biotopes particuliers au cœur des cultures de pins maritimes.

5 - Les paysages dunaires
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Une autre ligne de relief remarquable se déroule dans le département, celle du cordon de dunes qui s’allonge tout le long de la côte girondine. ?Lui aussi joue un rôle stratégique pour les paysages du département, qui se comprend mieux lorsqu’on le resitue dans la scénographie d’accès au littoral. Aller vers la mer, ligne d’attirance majeure depuis plus d’un siècle, c’est traverser nécessairement les immenses étendues plates des landes, en suivant des routes non moins immenses étirées en pures lignes droites. L’arrivée sur les dunes constitue un événement dans le parcours, annonciateur de l’océan tout proche. Les vues s’enrichissent : les pins soudain s’offrent en silhouettes sur le ciel et plus seulement en masses ; la route ondule ; les milieux se diversifient, entre les dunes anciennes, couvertes d’une forêt mixte spontanée, les dunes modernes, divisées en parcelles géométriques et traitées en futaies régulières, la dune bordière, où le sable se découvre et ouvre des vues sur l’océan, la lette lette terme régional désignant une dépression, souvent humide, entre deux dunes littorales pré-littorale, abritée par la dune littorale, où s’installent de place en place les implantations humaines touristiques. ??La vague des dunes devient particulièrement remarquable dans le paysage lorsqu’elle touche les lacs landais, offrant alors un horizon souple vert sombre facilement perceptible. ??Mais l’événement morphologique majeur reste bien sûr la Dune du Pilat, formidable masse de sable dressée entre les passes du Bassin et l’immense étendue forestière des Landes, devenu site touristique principal du département. Tout comme les bancs sableux des passes du Bassin d’Arcachon, elle connait une transformation continue, constamment alimentée, déplacée, érodée par les vents d’ouest. Cette dynamique, bien perceptible sur un repère paysager de cette échelle, témoigne de l’évolutivité de ces paysages littoraux.